Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Incendie au Quartier de la Tour de Châtillon en Michaille, 1843

 

Des incendies à Châtillon-en-Michaille sont connus sur tout le siècle ayant précédé la Seconde Guerre Mondiale. Celui survenu au pauvre Quartier de la Tour en 1843 fut le premier connu à concerner plus que quelques maisons (20 maisons détruites). Les dévastations pour cause de guerre des siècles passés furent certainement plus terribles encore, mais on ne sait presque rien de celles-ci, tout juste a-t-on des écrits de quelques nobles déclarant que toutes leurs archives personnelles, et justificatifs de noblesse, furent perdus dans des incendies.

 

Incendie au Quartier de la Tour, du 8 novembre 1843 (20 maisons)

Voyons d'abord le témoignage d'un habitant, Bruno Ravinet, qui relate l'incendie dans une lettre à Mr Pauly, son parent d'Ambronay : "... le plus grand malheur qui nous est arrivé et la plus grande férie [sic] que nous ayons connue, nous commençons un peu à nous raisonner, mais je puis bien vous dire qu'il n'y a rien de plus affreux que le feu poussé par l'orage, c'est un géant qui saute d'une maison à l'autre, les enveloppe et les dévore en un clin d'œil. En deux heures, 22 maisons ont disparu et il ne reste que des ruines en brasiers" [Arch. privées Lacroix/Houches (vue 64)]. Précisons que les maisons étaient presque toutes couvertes en tavaillon de bois, ce qui explique la rapidité de la progression du feu, poussé par le vent.

La presse, même nationale, commente aussi. Ainsi, un journal national, Le Constitutionnel, dans son édition du (mercredi) 15 novembre 1843, communique :

"Nous lisons dans le Journal de l'Ain : « Un grand malheur vient d'affliger la commune de Châtillon-Michaille.

"Mercredi (8 novembre 1843), à midi, le feu s'est déclaré à une toiture dans le haut du bourg, soit l'ancien Châtillon ; attisé par un vent violent, il a dévoré dans l'espace de quatre heures, vingt maisons appartenant aux familles les plus nécessiteuses. Presque tout le mobilier a été détruit, la plupart des maisons se trouvant fermées, et les habitants occupés à la coupe communale d'affouage à un kilomètre et demi du bourg.

"Les secours, quoique arrivés promptement, n'ont pu arrêter les progrès des flammes qui avaient pris un accroissement extraordinaire, ayant pour aliment de chétives maisons couvertes en chaume et en bois.

"A l'aide de la pompe de Châtillon, bien secondée par la brigade de Bellegarde et tous les employés des douanes, à qui l'on doit les plus grands éloges, on est parvenu à concentrer les flammes, qui menaçaient de dévorer tout le bourg. Les pompiers ont activement travaillé toute la nuit.

"La perte est évaluée de 35 à 40,000 fr. Très peu de bâtiments étaient assurés. La cause de cet affreux sinistre est attribuée à un poêle que l'on aurait chauffé à outrance, et par lequel le feu se serait communiqué.

"Toute crainte d'un nouveau danger a cessé ; mais vingt familles, composées de soixante-quinze personnes éplorées, gémissent sur les débris de leurs habitations. A l'approche de l'hiver, elles sont privées de tout asile, de tout vêtement, et même de pain. C'est un déchirant spectacle, qui est le plus touchant appel à la charité publique." [Bnf, Retronews].

Le Courrier de l'Ain du 11 novembre 1843, p. 2, colonne centrale, varie toutefois un peu : incendie qui a éclaté vers 1 heure de l'après-midi, qui a consumé 21 maisons en moins d'une heure et demie ; fort peu de maisons assurées, deux l'étaient au Phenix pour 1500 francs [Vue 19/53)]

Le registre des propriétés, enregistre, pour l'année 1844, une diminution de ressources de 49 francs, au motif de "20 maisons incendiées", mais sans plus de précisions [vue 8/434]. Ces détails, on les trouve en lisant le registre en entier, propriétaire par propriétaire, et ayant ainsi la cote des parcelles (plans napoléoniens), on peut les reporter comme suit :

 Incendie 1843 Incendie 1843
Les croix (X) signalent, sur le plan napoléonien (1832) les maisons incendiées, et un comparatif de reconstruction est donné en 1972 (G. Lancel)

Ce relevé est visiblement incomplet. Au lieu des 20 à 22 maisons incendiées mentionnées par les diverses sources, on n'en dénombre que 16 signalées comme brûlées dans le registre (A 137, 138, 139, 140, 150, 156, 173, 177, 178, 202, 226, 227, 229, 234, 235 et 236). A noter le cas particulier de la maison de la parcelle (A 202), qui est dite incendiée, avec mention postérieure que c'est une erreur, ce qui n'étonne pas, vu son emplacement éloigné des autres ! [3P721 (vues 51 puis 171)]. On ne sait pas de quel endroit est parti le feu, ni le sens du vent, mais la plupart des maisons des 7 parcelles A 137, 154, 175, 176, 224, et 225 devraient logiquement avoir été incendiées aussi. En tous cas le plan rénové de 1972 montre que plusieurs maisons de la partie la plus reculée du quartier de La Tour (au nord, à droite sur les plans ci-dessus), ne furent jamais reconstruites. Quant à la maison de la parcelle A 153, qui se situe pourtant au centre de la zone concernée, elle fut épargnée et ne fut démolie qu'en 1943, sa présence étant confirmée par une photo prise le 15 janvier 1895 et figurant dans l'album Budin (n° 3).

 

Voir Un siècle d'incendies à Châtillon

 

Publication : Ghislain Lancel.

Première publication le 5 novembre 2025. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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