| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Si l'on regarde bien le trompe l'œil actuel peint sur un pignon de maison de la rue Aimé Bonneville à Châtillon-en-Michaille (Ain), on remarquera, qu'en bas à gauche, le célèbre peintre Maurice Utrillo (1883-1955) y est représenté de dos ! La raison en est qu'il n'aurait jamais séjourné dans cette ville, et se serait contenté, à son habitude dit-on, de peindre certains de ses tableaux à partir de cartes postales !
On peut toutefois s'étonner qu'il ne serait jamais passé à Châtillon, puisqu'il y a puisé son inspiration pour peindre quatre toiles, en des années différentes (1931-1933).
Un fait est au moins certain, c'est que Suzanne Valadon sa mère, et André Utler son beau-père furent propiétaires du château St-Bernard à Trévoux (Ain) de 1923 environ jusqu'en 1945, et qu'Utillo y séjourna. Trévoux et Châtillon-en-Michaille ne sont distants que de 80 km sur la route de Genève.

Le comparatif ci-dessus montre qu'il ne fait aucun doute que Maurice Utrillo s'est inspiré d'une carte postale des éditions Rochias pour réaliser son tableau. Les seules différences sont que les arbres ont pris des feuilles, que le nuage a été un peu modifié, que les personnages sont plus nombreux et donnent beaucoup plus de dynamisme et d'animation à la toile, comme pour ses bien plus célèbres toiles de Montmartre, et qu'enfin ce tableau est en couleur au lieu du monochrome du bas de la carte postale.
L'aspect de la maison de gauche n'a pas changé de nos jours. Lorsque, il y a 50 ans, les propriétaires actuels l'avaient achetée, les voisins s'étaient empressés de leur signaler le tableau d'Utrillo, d'autant plus que l'épouse est également peintre (mais non figurative). Ils s'étaient alors rendus au Musée des Beaux-arts de Chambéry qui a l'époque comprenait une bibliothèque historique (séparée de nos jours, avec la médiathèque), et là, on leur avait présenté, si la mémoire est bonne, une sorte d'album au format approximatif raisin (50 x 65 cm), qui contenait des papiers de notes manuscrites. Ils avaient ainsi pu apprendre qu'Utrillo, souffreteux, était venu durant plusieurs années reprendre des forces au bon air de Châtillon, plus précisément en logeant au "Château", la maison située au sommet du quartier voisin dite de La Tour. Une autre surprise : la venue des gendarmes leur demandant d'éradiquer les pavots à opium, la vigne au vin enivrant de la balustrade du balcon à l'arrière de la maison et les champignons hallucinogènes poussant dans la prairie... C'est que cette maison avait appartenu au Docteur Juillard, et qu'il avait ainsi sa pharmacopée sur place pour soigner les douleurs trop vives de ses patients... Les pavots ont disparu.
De l'autre côté de la rue, la gendarmerie est devenue de nos jours un immeuble réhabilité en logements d'habitations, et l'appentis a été détruit. Mise en fonction en 1865, et d'une présence peut-être justifiée par la proximité de la gare, cette gendarmerie n'aura qu'une brève existence. Durant la Guerre 1914-18 elle accueillit des soldats territoriaux âgés, mais toutefois encore aptes à surveiller les voies, notamment la ligne des Carpates. Ce fut ensuite des écuries pour des chevaux.
Concernant l'historique du tableau (50 x 61 cm), cette huile sur toile peinte vers 1933, avait été détenue par Lucien Nacu, de Le Mée-sur-Seine (jusque vers 1969), puis par sa descendance. Il fut par mis en vente par Christie's qui mentionna à cette occasion les références en littérature (P. Pétridès) et les expositions (Osaka, Monaco, Padoue) concernant ce tableau. Il fut vendu le 31 mars 2016 au prix de 85.500 euros. Signalons que Christie's avait eu la prévenance d'informer la propriétaire actuelle de la maison représentée à gauche du tableau de la prochaine vente de ce lot.
Voir les autres tableaux de Châtillon-en-Michaille peints par Utrillo
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Mme Rose Idriss ; Michel Blanc ; Mireille Delage.
Première publication le 24 octobre 2023. Dernière mise à jour de cette page, le 30/11/ 2023.