Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Châtillon-en-Michaille :
Stèle de Joseph JULIEN, mort en 1944

 

Certaines publications sur les résistants de Châtillon-en-Michaille, reprises par le web, comportent parfois une erreur à propos de la mort de Joseph JULIEN, la localisant au tunnel de la Crotte. Ce n'est pas tout à fait exact. Voici la vérité.

Joseph JULIEN Joseph JULIEN
Stèle de Joseph JULIEN, dans les bois de Châtillon-en-Michaille (recto et verso)

 

Toute personne s'intéressant à la résistance dans les environs de Châtillon-en-Michaille (Ain), connaît l'épisode du 11 juillet 1944, vers 16 heures, où les hommes de l'ombre provoquent l'écroulement de rochers sur un important convoi allemand, au Tunnel de la Crotte, un très étroit passage routier et ferroviaire... C'est Hubert Dreyer, cultivateur aux Teppes, propriétaire aussi de la Félicité, qui se porte volontaire pour mettre le feu à la mèche reliée à une mine posée précédemment par M. Musy. Il sait qu'il a une infime chance d'en sortir vivant, mais il l'accepte, et il descend sur place sous le prétexte de couper de l'herbe avec sa faux en naïf bon paysan... Arrivé à la Félicité, il attend le bon moment, met le feu à la mèche et s'allonge par terre. Les blocs de pierre lui passent au-dessus de la tête, mais il est vivant ! Il s'empresse ensuite d'aller se réfugier pour quelques jours dans une grange abandonnée (La Rochette ?) dans les bois au-dessus de sa ferme.

Mais le lendemain, 12 juillet, il se trouvait dans les bois derrière Surges, avec un très jeune résistant, Joseph Julien, lorsqu'un Allemand les surprend. Hubert, rompu à l'exercice, s'allonge à nouveau aussitôt, et il évite la mort pour la seconde fois en deux jours. Mais le jeune maquisard, lui, étant resté debout, n'a pas eu de chance, il est abattu sur place (et non au tunnel de la Crotte). Né le 20 mars 1927 aux Vigneaux (Hautes-Alpes), il était âgé de 17 ans, célibataire vivant chez ses parents à Châtillon.

De nos jours, une stèle située dans les bois commémore cet événement, placée au lieu où le très jeune homme perdit la vie. Au recto, outre la croix de Lorraine, emblème des Forces françaises de l'intérieur, sont gravés ces mots du souvenir : "Ici est tombé /face à l'ennemi / le 12 juillet /1944 / Julien Joseph". Cette pierre provenait d'une ancienne tombe. Ainsi, au verso de la stèle, on peut encore lire la mention de "Monnet". Cette stèle fut probablement implantée, comme bien d'autres, peu près la guerre, vers 1946/47.

Rappelons qu'après l'obstruction de la route, c'est le tunnel ferroviaire de la Crotte, où s'étaient mis à l'abri des survivants Allemands, qui fut visé. Les résistants de St-Germain de Joux, profitèrent de la déclivité de la voie pour envoyer un wagon fou aux tampons chargés d'explosifs, lequel sauta dans le tunnel. Furieux, les Allemands rassemblèrent la population de Châtillon, et la disposa en colonne pour leur servir de bouclier et récupérer leurs blessés et morts, déblayer et récupérer du matériel ; et une bataille dura deux jours à proximité d'Ardon... Trébillet est incendié, avec plusieurs morts.

 

 

Compléments : Cristal 4, Les combats de juillet 1944, p. 61 -- Dossier de Joseph JULIEN, au Service historique de la Défense (SHD GR 16 P 314412). Remerciements : Guy Dreyer (fils d'Hubert).

Publication : Ghislain Lancel. Clichés Ghislain Lancel (02/10/2025)

Première publication le 15 octobre 2025. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

<< Retour : Châtillon-en-Michaille