| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Disons tout de suite que, malgré la persistante rumeur que ce pavillon proviendrait de l'Exposition Universelle de Paris en 1900, la famille ne le justifie pas, n'en ayant aucune preuve ni par une vue semblable qu'on aurait espéré retrouver chez les bouquinistes, ni par la transmission orale familiale. Les dates et circonstances ne correspondraient pas non plus, ce pavillon ayant été construit vers 1906 avec des pierres du lieu par des tailleurs de pierres du pays. D'ailleurs les pavillons de l'exposition étaient le plus souvent construits en bois ou en stuc et il était impossible de les démolir dans le but de les reconstruire. Ce pavillon n'en reste pas moins spectaculaire, pour susciter l'intérêt de tous par son aspect oriental ou sud-africain, et pour dominer tout le quartier. Par les baies du 2e étage la vue est spectaculaire dans toutes les directions !
Selon la transmission orale familiale, c'est un Barbier Raymond, serrurier voisin qui aurait mentionné la carrière pour y extraire la pierre nécessaire à la construction (du rez-de-chaussée). La famille Barbier qui habitait au bout de la rue de la Poste avait un atelier de serrurerie métallerie, à côté de l'ancienne poste qui subsiste encore. Les frères Louis et Raymond en étaient les patrons. Après la demeure des Barbier il devait y avoir un tailleur de pierres car il y avait un mécanisme avec câble pour scier les pierres en extérieur. C'est son voisin Emile Peillon qui aurait taillé les pierres, ou en aurait seulement permis l'approvisionnement. Ce pavillon ne fut jamais loué, sauf 2 ans au notaire Me Cordier.
Jusqu'à preuve du contraire, je pense donc que François Favre, plâtrier-peintre, a seulement voulu se prouver sa compétence professionnelle et réaliser un chef‑d'œuvre, tout comme ces Compagnons du Tour de France qui participaient à des chantiers prestigieux et montraient ainsi leur maîtrise technique.

Le pavillon "sur le caillou" (et dont la base n'est ni carrée ni rectangulaire mais trapézoïdale) fut construit en 1905/1906, puisqu'il fut fiscalement imposé à partir de 1907 (avec toujours une année d'exonération). Quelques cartes postales confirment qu'il n'était pas encore édifié entre les 2 et 3 septembre 1903 (CP 66, vue générale), et le 29 juillet 1910 (commande sur fond de carte postale), où il est visible.
L'intérieur du pavillon ne présente pas de particularité, il n'y a aucune pierre de taille, ni décorative ni datée. Les pièces et chambres sont évidemment de petites dimensions. Parmi les aménagements postérieurs à la construction, citons la galerie vitrée (ouest) et l'escalier extérieur (côté nord, pour l'accès au 2e étage) construit lorsque les frères Marius et Francisque se partagèrent le pavillon (Marius ayant le RdC et le 1er étage), l'escalier intérieur en colimaçon desservant les divers étages étant alors détruit.
L'accès au pavillon se fit d'abord par deux escaliers partant des deux maisons familiales situées en contre-bas, rue de la Poste, puis par le lotissement du Clos Vernay (129, rue des Primevères).
François (François Alexandre) Favre, qui fit édifier le pavillon, est né le 1er août 1855 à Ochiaz (Ain). Il était fils de Jean-Antoine Favre-Morel dit le Petit d'Ochiaz (né le 3 février 1818 à Ochiaz), menuisier, charpentier, cabaretier, sachant lire et écrire. Le plus renommé des enfants de François fut Marius, né en 1891 à Châtillon, y étant encore recensé en 1911 avant de partir à Bordeaux où il fut entrepreneur de peinture, et finalement revenir à Châtillon peu avant 1946.
Les recensements nous permettent de reconnaître les occupants, en confondant toutefois les occupants tardifs de ce pavillon et ceux du 96 bis rue de la Poste, qui est la maison originelle de la famille Favre.
En 1886 (rue Neuve, dite ensuite de rue La Poste) apparaît la famille de François Favre, 31 ans, né à Ochiaz, plâtrier-peintre, chef de famille, avec Alphonsine Berthod son épouse (31 ans), leurs enfants Louis (3 ans) et Aimée (1 an), ainsi qu'une tante (Joséphine Berthod, 43 ans), un ouvrier plâtrier (Léon Pommier, 22 ans, natif de Nantua) et un apprenti plâtrier (Marcel Bollet, 15 ans). Dans la même maison demeure aussi Zéphirin Wagner, 41 ans, tailleur de pierres, et sa famille.
Pour le recensement de 1891, les données sont presque identiques à celles de 1886. Deux nouveaux enfants sont arrivés, Marie (4 ans) et Francisque/1 (premier de ce prénom, âgé 2 ans). Il n'y a plus qu'un seul aide plâtrier, Jean-Louis Rouge (32 ans). Les Wagner sont toujours là.
En 1896, Francisque/1 n'y est plus (mort fin octobre 1892), mais Marius (5 ans) et Antoinette (2 ans) sont nés. Il n'y a plus d'employé. Les Wagner sont réduits à leur couple.
La première page manque au recensement de 1901, et ainsi la famille Favre n'y est pas visible...
En 1906, le couple Favre habite la rue désormais dénommée de la Michaille (et cette appellation probablement déjà depuis 1901), avec leurs trois derniers enfants.
A partir de 1911, on pense que la famille Favre devait loger, en partie ou occasionnellement, dans le pavillon, mais les recensements n'en font pas la distinction. En 1911 le couple est toujours dit loger rue de la Michaille, avec leurs deux derniers enfants, une petite fille (Andrée Schaltenbrand) et un ouvrier.
En 1921, le couple vit seul avec un petit-fils (Lucien Montaigne, fils de Marie), et une autre famille (Perrin-Niquet)
Les Favre disparaissent ensuite de ce lieu, jusqu'au retour en 1936 de Marie, épouse de Charles-Gustave Montaigne (mariage à Paris 17e en 1908), qui partagent la maison avec les Poncet. En 1946, toujours présents, ils cohabitent désormais avec deux autres familles (Charvet et Jones), mais y habitent seuls en 1954.
En 1832, les plans napoléoniens et leurs états des sections, nous informent que la parcelle A 55 était une maison de 50 m² (actuelle 96 bis rue de la Poste) appartenait alors à Jacques Berthod de Châtillon (1784-1859), de même que le jardin de 320 m² situé à l'arrière (A 56). Jacques, décédé en 1859, eut un fils Sébastien Berthod (1815-1883). Ce Sébastien eut pour fille Marie Alphonsine (née en 1855) mariée à François-Alexandre (dit François) Favre le 8 février 1882, à Châtillon-en-Michaille.
Les registres de propriété nous apprennent que la maison était passée à Sébastien en 1863, mais qu'elle brûla dans le grand incendie de 1870, fut reconstruite en 1874, et augmentée en 1875. Cette maison appartient ensuite, à partir de 1882, à François Favre, l'année de son mariage. Elle est encore modifiée en 1900, passant de 11 à 18 puis à 13 ouvertures (fiscales). Parallèlement ce François est à l'origine d'une construction nouvelle en 1888 sur la parcelle A 65, et surtout de la construction nouvelle fiscalement imposable pour 10 ouvertures à partir de 1907, sur la parcelle A 56, autrement dit de notre pavillon ! Cette maison sortira de ses impositions en 1938, au profit de Francisque Favre.
Photographies : Ghislain Lancel (29/11/2023) ; et en noir et blanc, par Pierre Caron † (24/05/2011).
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Pierre Favre, fils de Michel, fils de Marius, fils de François, qui fit construire ce pavillon.
Première publication le 25/03/2026. Dernière mise à jour de cette page, idem.