| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |

D'après Visages de l'Ain [n° 90, pp. 18-21], noble Claude-François Passerat La Chapelle (1707-1784), inspecteur des hôpitaux militaires de France, aurait fait construire à Châtillon le bâtiment qui deviendra plus tard le "couvent" St-Joseph. On lui prête d'avoir voulu en faire d'abord un hôpital pour accueillir à ses frais les indigents du village. En tous cas il fit exécuter des travaux en 1770, qui donnèrent lieu à une découverte exceptionnelle. Le 23 juillet 1770, lors du creusement d'une tranchée, un terrassier mis à jour la dalle funéraire du romain Valerius MICHEL, ancien général maître de ce domaine, dalle qui provenait du tombeau élevé par son épouse. Cette pierre tombale, brisée en six morceaux, avait été déposée au cimetière d'Ardon. Depuis cette date, on présume que la région de Michaille tire son nom de ce maître romain Michel.
Il est peu vraissemblable que cet hôpital s'ouvrit vraiment, toutefois cette belle demeure fut vendue en 1800 par un Fauvin, descendant d'une grande lignée de médecins-chirurgiens. Un registre nous aurait peut-être permis d'en savoir davantage. En effet, quelques notes de Paul Lacroix (1872-1962), dites copiées d'après des relevés d'un François Crochet, prises d'après les registres du couvent qui occupa ensuite ces bâtiments, mentionnant que ce registre (disparu) serait à reprendre pour plus de détails...
C'est par la vente de cette maison, le 16 frimaire an IX (7/12/1800), par un acte passé par-devant Me Ravinet notaire à Châtillon, par M. Louis Hyacinthe Hypolite Fauvin à Sieur François Bret (chirurgien à Echallon, né en 1760 à Echallon) et Dame Marie-Marguerite Chevron, son épouse, que l'on découvre que cette demeure appartint à de riches médecins [AD01, 3E14372, acte n° 54].
Si Louis Hyacinthe Hypolite Fauvin, né le 30 mars 1759 à Châtillon-en-Michaille (vue 66/74) et décédé le 23 mars 1819 à Châtillon-en-Michaille à l'âge de 59 ans, époux de Louise Lucile Anthelmette Montanier, fut receveur de l'enregistrement, par contre Gabriel son père, fut médecin, imposé 3 fois en deuxième position à la taille de Châtillon, et les trois ancêtres en ligne direct de Gabriel avaient aussi été médecin, apothicaire, ou Maître chirurgien. Cette maison est vendue en l'an 1800 à François Bret, officier de santé (chirurgien) à Echallon (né en 1760 à Echallon)
L'acte de vente en 1800, bien que confus, nous donne à penser que cette demeure était pour le moins très accueillante ; elle est décrite ainsi : "La maison d'habitation du vendeur, avec les granges et écuries y attenant, le jardin au vent (sud) d'icelle, le tout situé au bourg dudit Châtillon, confiné des quatre côtés par quatre chemins public, sans n'en rien réserver ni retenir, si ce n'est tous les meubles meublants et effets mobiliers qui garnissent ladite maison, comme encore [barré : la tapisserie en toile de la chambre de la bibliothèque], la platine du foyer la cuisine] ; quant aux tapisseries des diverses chambres, et placards et tables "hapés (pliables et insérées)" au mur [renvoi : alcôve et la platine du foyer de la salle".
La vente est faite au prix de 4.000 francs, payable en deux fois, avec jouissance un an plus tard, seulement à compter du 1er nivôse an X [22/12/1801].
La vaste maison de François Bret et de son épouse est bien vite revendue conjointement aux dames Claudine Gaudiot, Claudine Verzier et Marie Auger, ex-religieuses demeurant à Saint-Jean le Vieux, dans le but d'y tenir une "maison d'éducation destinée à l'instruction des jeunes personnes du sexe (féminin)" ; cette vente est consentie à leur profit par-devant Me Ravinet notaire, le 6 août 1809 pour le prix inchangé et convenu de 4000 francs, que ces dames payeront aux vendeurs suivant quittance reçue par ledit Me Ravinet le 6 juin 1811 (pour payement en deux moitiés prévues initialement les 24 juin 1810 et 1811). L'ensemble vendu est composé de "la maison avec granges et écuries y attenantes, le jardin au vent d'icelle, le tout confiné des quatre côtés par quatre chemins publics". Sont exclus "une petite place de fumier située à bise, existante entre l'un desdits chemins et la palissade servant de clôture", avec une réserve des vendeurs qui concerne "des meubles meublants (placards muraux ?) et effets mobiliers qui garnissent ladite maison, y compris néanmoins tous les objets mobiliers attachés et happés [sic] aux murs" [AD01, 3E14381 (acte 255) et 800 J 838 (vues 1, 2 et 6)].
"Cette maison, située sur une éminence, remplissait par sa position isolée et solitaire, loin du bruit et du commerce, le but que ces dames se proposaient d'atteindre, mais elle menaçait ruine de tous côtés et elle fut (rapidement) reconstruite en totalité, et considérablement augmentée. Les (religieuses) ont soutenu que cette réédification avait été faite par les dons et les secours de différents particuliers, et les habitants même de Châtillon y contribuèrent en masse, par des prestations en nature telles que chaux et sable, bois de construction, main d'œuvre et charrois ; toutes ces faveurs donnèrent bientôt à cet établissement une prospérité marquante ; les demoiselles Marie Pellin et Henriette Vincent se joignirent dès l'origine aux trois fondatrices, avec leurs moyens pécuniaires et industriels, et les nouvelles ressources" [AD01, 800 J 838 (vues 1, 2 et 6)].
Des notes Lacroix donnent quelques précisions sur les acquéreuses, et confirment la participation des familles du pays à la reconstruction "[Le couvent] a été fondé en 1809 par Madame (Mesdames) Gaudio (et) de Verzier, religieuse de l'ordre de Notre-Dame, dite les Chanoinesses, fondé par le vénérable Pierre Fournier. Les religieuses avaient été rattachées par la Révolution à leur couvent de Nantua en 1792 et séjournèrent à Lantenay et St-Jean-le-Vieux, avant de s'établir à Châtillon. Lors de l'arrivée des Dames Gaudio et Verzier à Châtillon, Mr Clertan, père du greffier, et Mr Lacroix, père de Mr Jean Lacroix (banquier), allèrent spontanément chercher les effets de ces dames à et St-Jean-le-Vieux. Les familles Ravinet et Crochet firent gracieusement les charrois et la fourniture des matériaux nécessaires à la mise en état de l'immeuble" [Notes Crochet/Lacroix].
Le 22 avril 1813 les trois fondatrices rédigent leurs testaments, chacune en faveur des deux autres. Claudine Verzier, née à Givors en Isère, meurt la première le 1er avril 1825 à Châtillon, âgée de 69 ans. Marie Auger décède le 28 août 1827 à Châtillon, religieuse âgée de 61 ans, née à Cerdon. Tout l'établissement appartient alors par indivis à la dame Gaudiot et aux dames Pelin et Vincent. L'ensemble se compose ainsi : "1) les deux-tiers leur revenant dans le mobilier de la maison, et dont les frais de reconstruction et de réédification de tous les bâtiments de l'établissement ; 2) les deux-tiers d'une parcelle de bois et hermiture appelée La Gaudellat (Gardette), située à Châtillon ; 3) la totalité d'une terre au même lieu-dit à La Vy d'Ardon ; 4) et enfin de la totalité d'un petit domaine situé sur le territoire de la commune de Montanges, appelé La Lavaz. Tous ces immeubles leurs étaient revenus par acte de vente reçu par Me Ravinet et Me Crochet, notaires à Châtillon, les 18 août 1827 (vente de la Gardetta, passée devant Me Crochet, notaire à Montanges), 17 septembre 1828 (Vy d'Ardon, Me Ravinet) et 7 juillet 1829 (La Lavaz, Me Crochet)".
Le surplus de l'établissement appartenait à Madame Gaudiot qui, par un nouveau testament du 1er décembre 1827, reçu par Me Ravinet, instituait pour ses héritières ses deux collaboratrices les demoiselles Marie Pelin et Henriette Vincent, sous réserve de continuer leur enseignement aux personnes du sexe, en tant qu'institutrices séculières et bien que sans aucun statut écrit.
En mai 1825, Dame Claudine Gaudiot, religieuse professe de l'ancien couvent de Nantua, expose au conseil municipal de Châtillon qu'elle possède en ce bourg, une vaste maison sur un site pittoresque, sain et composée d'appartements nombreux, d'une chapelle (première mention), jardin, pourpris orné d'arbres à fruits et à feuilles de haute tige, entièrement clos en murailles solides et élevées ; depuis l'an 1809, elle a formé de fait une communauté religieuse qu'elle dirige depuis cette époque, et qui dans le moment est composée de six Sœurs, la supérieure comprise, deux novices et une tourière, sous le titre de Religieuses de Notre-Dame Mère de Dieu, sous la règle de St-Augustin, tel que l'ordre fut fondé par le révérend-père Fourrier ; depuis lors cette réunion de Sœurs s'est consacrée aux soins de l'enfance et à l'éducation religieuse et civile des jeunes filles de la commune, du canton et des cantons voisins, mais qu'il lui manque la reconnaissance officielle par le gouvernement, suivant la nouvelle loi. Aussi, le conseil emet un avis, unanimement favorable de demande à Sa Majesté [AD01, Dépôt de Châtillon, 1R1].
Le 31 août 1828, le gouvernement de la France, par une ordonnance royale, établit à Bourg sous le nom de Congrégation de Saint Joseph, une maison professe destinée à l'éducation des jeunes personnes du sexe. Les trois dames restantes à Châtillon se voient bientôt obligées de s'agréger à cette congrégation.
Le 28 avril 1830, par acte reçu par Me Bon notaire (à Bourg), Claudine Gaudiot (dite en religion Sœur Marie-Josèphe), Henriette Vincent (Sœur Eulalie) et Marie Pelin (Sœur Sainte Agnès), donnent entre vifs à la Congrégation des Sœurs de Saint-Joseph : 1) la maison d'habitation servant actuellement à la Communauté des dames Religieuses, le jardin clos de murs, les bâtiments d'exploitation, la chapelle, le cour, et les appartenances et dépendances ; 2) la parcelle de terre, bois et hermitures appelée La Gardetta, de la contenance de 110 ares ; 3) une autre terre dénommée La Vy d'Ardon, d'environ 20 ares (B 363) ; 4) et enfin d'un petit domaine situé sur le territoire de Montanges, appelé La Lavaz. La maison de maître et ses dépendances destinée à former un établissement, soit communauté, ne produira pas de revenus. Sa valeur est estimée à 9000 francs. Les autres immeubles (n° 2-4) sont d'un revenu annuel de 400 francs, formant un capital de 8000 francs. Cette donation est faite sous la condition qu'il sera établi dans la maison de maître de Châtillon, une maison d'institution pour l'instruction des jeunes filles de la ladite commune de Châtillon et de celles environnantes [AD01, 3E19709, acte 240]
Mais la supérieure de la congrégation de Saint-Joseph avait négligé de solliciter l'ordonnance royale devant autoriser l'acceptation légale de cette donation, alors qu'un an plus tard, le 24 avril 1831 la dame Claudine Gaudiot décède à Châtillon, âgée de 73 ans... La famille de la dame Gaudiot, composée des consorts Brunet propriétaires à Corlier, des consorts Balluche demeurant à Châtillon de Corneille, Gaspard Gaudiot, Charles François et Jean-Baptiste Pey, propriétaires à Boyeux-Saint-Jérôme, ceux-ci se jugeant héritiers, interviennent alors, dès le 5 décembre 1831, pour recueillir son hoirie. Il s'en suit deux années de procédures, jusqu'à ce que, le 7 août 1833, le tribunal civil de première instance de l'arrondissement de Nantua ne déboute les demandeurs. Dès lors l'établissement de Châtillon relève et appartient à la Congrégations des Sœurs de Saint-Joseph [AD01, 800 J 838]. Henriette Vincent, religieuse sous le nom de Soeur Eulalie, née à Châtillon, décède au couvent de Châtillon le 9 octobre 1841, âgée de 46 ans. Marie Pellin, promue supérieure du couvent, est recensée jusqu'en 1876.

En 1832, l'état des sections dénommait encore ces religieuses "Les sœurs de Ste-Marie, à Châtillon" et il témoigne qu'elles possédaient déjà, comme de nos jours, toutes les parcelles formant un domaine arrondi délimité par les rues voisines [A315-319], pour une superficie totale de 47a 70ca, dont un vaste bâtiment monobloc de 630 m² incluant au nord l'emplacement de la chapelle. Les soeurs sont alors aussi propriétaires du jardin et de la maison situés de l'autre côté de rue nord (rue des Rochers) [A 327-328 (510 m²)]. Elles détenaient aussi 3 parcelles, dont de terres et bois au lieu-dit La Gardette (en sortie du village à gauche de la route de Bellegarde) [A 392-393, A396 (1 ha 76 a 70 ca), feuille A2]. Une note Lacroix signale logiquement l'ouverture d'une école dans la maison religieuse en 1833. Il y sera répondu en 1838 par la construction de la maison commune (mairie), qui servira aussi d'école, puis en 1885 par la construction du groupe scolaire.
Les archives municipales déposées à celles du département comportent un gros dossier "Sœurs de Saint-Joseph, Ecole religieuse" (1R1), comportant des correspondances (souvent celles adressées au maire par le sous-préfet), des extraits de délibérations municipales, un plan (projet d'école maternelle), et autres documents. Voici :
De Lyon, le 9 octobre 1836, une dame Michaud, institutrice, ayant demandé à exercer à Châtillon, le recteur informe que "l'autorisation serait préjudiciable à l'école des filles déjà établie"... Mais le 26 novembre, le sous-préfet est d'un avis contraire : "La loi a fait un devoir à l'académie de ne pas tenir compte des inconvénients signalés dans les deux délibérations du comité local, puisque tout le monde convient que la Dame Michaud est digne par sa moralité de se livrer à l'enseignement, et qu'elle a un brevet de capacité."
Le 18 décembre 1838, à nouveau à propos des quatre immeubles, pour la donation par les dames Henriette Vincent et Marie Pellin, en faveur de la congrégation des Sœurs de St-Joseph, le maire est chargé de répondre aux questions de la sous-préfecture (évaluation, positions des héritiers naturels…). Et le 9 janvier 1839, le sous-préfet est encore plus exigeant : Il faut des documents séparés et une expertise, et non une opinion... Le 21 avril 1839, le maire est informé que le Ministre de la Justice et des Cultes a fait observer qu'il ne peut être statué sur l'autorisation d'acceptation de la libéralité"… et invite le conseil municipal à délibérer sur les avantages et inconvénients de la formation d'une maison particulière de Sœurs en la commune… A la fin de l'année, ce n'est pas fini, le maire est prié "de faire connaître dans les plus brefs délais, à la demande du ministre, avec quelles ressources les dames Vincent et Pellin ont acquis les immeubles compris dans la donation". Le 26 janvier 1840, le maire se fâche et par une lettre autographe "Je vous ferai observer que les maison et immeubles donnés ne dépendent point du patrimoine reçu par succession de leurs ascendants ou collatéraux, mais des libéralités des dames Gaudiot et Verzier, leurs collaboratrices dans l'enseignement des jeunes filles dans ma commune […]. J'espère donc que par votre médiation et celle de M. le Préfet nous obtiendront enfin une ordonnance royale qui approuve cet acte de donation (…)". Mais le 12 février 1840), le sous-préfet signale que M. le Ministre désire connaître à combien peut être évalué la donation. L'affaire se termine enfin le 31 décembre 1840, avec une ordonnance du roi Louis Philippe : la Congrégation de St-Joseph à Bourg est autorisée à accepter la donation d'une maison et de deux pièces de terre à Châtillon, et d'un petit domaine à Montanges, le tout estimé 10.400 francs ; et l'établissement dans la commune de la communauté des Sœurs de St-Joseph, dépendant de la Congrégation mère à Bourg, est autorisé, à la charge de se conformer aux statuts de la maison mère.
En 1844, la pression est cette fois mise sur les compétences des religieuses institutrices. Le 26 septembre, la sous-préfecture réclame au maire, "le brevet de capacité de la lettre d'obédience des Sœurs et leur certificat de moralité pour les trois dernières années au moins, l'avis du comité (scolaire) local et celui du conseil municipal". Le maire, lui, répond personnellement, très positivement : "Nous, Anthelme Guinet, maire, déclarons que Dame Marie Pellin, Sœur Agnès, ainsi que ses trois compagnes, sont d'une moralité et capacité au-dessus de tout éloge"... Le 8 octobre 1844, il persiste avec tout son conseil, au grand complet : "Une lettre du sous-préfet du 26 septembre 1844 annonce que les Sœurs institutrices doivent recevoir une institution légale, et que le conseil doit donner son avis. Le conseil témoigne hautement, spontanément et à l'unanimité de sa satisfaction sur l'école tenue par la dame Pelin, supérieure, et ses trois compagnes de l'ordre de St-Joseph. Il se plait à reconnaître que ces dames réunissent toutes les conditions et qualités nécessaires pour l'instruction et l'éducation des jeunes personnes du sexe, qu'elles excellent à les former au travail et à la science de tous les devoirs qui en font plus tard de bonnes mères de famille, que non seulement elles se vouent par devoir à l'instruction des jeunes personnes dont les parents payent, mais qu'elles reçoivent et instruisent gratis, et sans qu'il en coûte rien à la commune, un assez grand nombre de jeunes filles de parents indigents pour lesquelles, comme pour toutes, cette école est une véritable salle d'asile ; que depuis sa création qui remonte à plus de 30 ans, elle a été comme toujours d'une grande ressource, non seulement pour la commune, mais pour tout le canton, qui tous les ans lui fournit plusieurs pensionnaires des familles les plus aisées. Le conseil est d'avis de la faire recommander sur bien d'autres, c'est pourquoi il vote son maintien à perpétuité" !
Il est probable que ces très bonnes considérations entre les religieuses et la municipalité se poursuit encore durant une trentaine d'années. Et en 1875 les filles indigentes reçoivent encore une formation scolaire gratuite puisque le préfet alloue un crédit additionnel de 176 francs pour la rétribution scolaire des jeunes filles indigentes, pour 1875, et il est même demandé que cette rétribution soit prévue pour les années suivantes dans les budgets annuels. De fait pour 1877, un pré-imprimé donne la liste complète des 20 filles bénéficiant de la gratuité. Le tableau mentionne même le nombre de jours de présence de chaque élève pour chaque mois, puis le nombre de mois de fréquentation dans l'année, soit un total 189 mois (mais aucune élève en septembre, et des absences en juin, juillet et août). La somme due (fixée par le préfet sur l'avis du conseil municipal et du conseil départemental de l'instruction) a été fixée à 1 franc par mois, soit 189 francs. Ces 20 élèves sont Buffard Marie, Buffard Alice, Boutran Constance, Buffard Marie, Famy Aurélie, Gonnet Louise, Montagne Alphonsine, Nivel Eugénie, Nivel Marie, Perrin Louise, Renand Eugénie, Triguerre Marie, Pellet Elisa, Naly Jeanne, Ramel Célina, Brunet Françoise, Jacquon Joséphine, Lyon Fauchette, Barbier Louise et Perrin Victorine. Cette formation sera encore active en 1878, puisque le 6 juillet, Me Pellin, institutrice libre à Châtillon, informe la préfecture qu'elle n'a pas encore reçu le solde de la rétribution des filles indigentes admises à son école.
En 1876, Joséphine Besson adresse une lettre au maire, pour ouvrir une école à Tacon (11 novembre 1876) : "La soussignée désire ouvrir une école libre à Tacon, dans la maison de Reygrobellet Frédéric. Dans les 10 dernières années, elle a habité Maillat et Ochiaz, où elle était institutrice publique. Depuis le 18 octobre 1874, époque de sa mise à la retraite, elle est venue le 10 novembre s'établir à Tacon. Elle joint son acte de naissance et son brevet de capacité".
Les lois scolaires de Jules Ferry sont votées sous la Troisième République en 1881 et 1882, avec la loi du 16 juin 1881 qui instaure l'école primaire gratuite et celle du 28 mars 1882 qui rend l'instruction obligatoire pour tous les enfants de 6 à 13 ans, filles et garçons. Aussi dès 1881 le ton change presque du tout au tout dans les correspondances venant de la préfecture. Le 30 septembre 1881, le sous-préfet écrit au maire : "L'école libre des filles étant dirigée par des Sœurs, je vous fais connaître que la commune ayant plus de 400 habitants, et ne possédant pas d'école communale de filles, doit faire construire un local dans lequel on puisse installer une école publique et, comme l'enseignement congrégationniste libre de Châtillon ne donne que des résultats médiocres, il y a lieu de décider que l'école à créer sera dirigée par une institutrice laïque. En attendant la commune pourrait continuer à servir une indemnité à l'école libre, comme par le passé, pour les enfants indigents. Chez les religieuses, on essaie de réagir, au moins financièrement, on les conseille : "il faudrait s'entendre pour remplacer la rétribution scolaire par une subvention, après avoir passé une convention" (7 octobre 1881). Le sous-préfet se réjoui : "je me suis empressé de transmettre au Préfet que la commune fait connaître qu'elle s'occupe maintenant de la construction d'une école spéciale aux filles" et du contrat passé par le maire : "Entre les soussignés Juveneton Hippolyte, maire, d'après la délibération du 9 octobre 1881, d'une part, et Madame J(ulie) Adam, Sœur Blandina, directrice de l'école libre des filles dudit Châtillon, d'autre part, il a été convenu : 1) A partir de la rentrée des classes de l'année scolaire 1884.1882, la rétribution scolaire est entièrement supprimée dans ladite école libre, laquelle tiendra provisoirement lieu d'école communale ; 2) Il sera alloué un traitement de 700 francs à la directrice et de 500 francs à son adjointe. 3) Il sera payé en outre auxdites dames une indemnité de 200 francs, à titre de loyer du local où leur école est établie (ajout au crayon : et de 50 francs pour le chauffage) Fait de bonne foi entre les parties, à Châtillon le 30 novembre 1881.
Le 26 octobre 1881, le sous-préfet adressait une lettre au maire de Châtillon, lui disant s'être empressé de transmettre au préfet son projet de construction d'une école spéciale aux filles, souhaitant traiter provisoirement avec les religieuses de St-Joseph, qui dirigent l'école libre pour que la rétribution scolaire soit immédiatement supprimée. De fait le 30 novembre 1881, M. Hippolyte Juveneton, maire de Châtillon, et Mme J(ulie) Adam, en religion Sœur Blandina, congrégation de St-Joseph, siège à Bourg, directrice de l'école libre de filles dudit Châtillon, conviennent que : 1) à partir de la rentrée scolaire 1881-82, la rétribution est entièrement supprimée dans ladite école libre, laquelle tiendra provisoirement lieu d'école communale ; 2) Il sera alloué un traitement de 700 francs à la directrice et de 500 francs pour son adjointe (soit 1200 francs au total) ; 3) il sera aussi payé auxdites Dames de St-Joseph une indemnité de 200 francs à titre de loyer du local où leur école est actuellement établie. Le sous-préfet accorde encore, le 14 septembre 1882, que l'Etat prenne à sa charge une année de traitement des institutrices libres.
Dès 1883 une école maternelle, on disait alors une "salle d'asile", est en projet de construction par les religieuses. On présume que ce n'est pas à confondre avec l'école des filles, et que le local prévu se trouvait bien de l'autre côté de la rue, en face du couvent (dans salle Dunand, du nom du propriétaire du terrain acquis d'un Dunand). Ce projet se fait en accord avec la municipalité. La sous-préfecture demande en effet au maire "de joindre la liste nominative des tous les enfants qui par leur âge pourraient fréquenter la salle d'asile projetée, et le plan du local, avec le logement des directrices" (6 novembre 1883). Ce plan est joint, avec les frais, d'après la Mère générale des religieuses. "Voici ce que coûterait à la commune une Ecole maternelle, ou Salle d'asile : 1) Il faudrait une directrice au traitement de 700 francs, ou tout au moins de 600 francs. 2) Une indemnité de logement de 100 francs. 3) La commune pourrait se charger de fournir un peu de bois pour le chauffage, ou donner une somme équivalente. 4) Si l'asile est communal, l'ameublement sera à la charge de la commune. Je suis persuadée, Monsieur le Maire, qu'une administration aussi intelligente que celle qui existe ici, comprendra tout l'avantage d'un établissement si intéressant, et dont sont déjà pourvues quelques communes du canton. Si vous pouviez me faire connaître la décision du conseil dès qu'elle sera connue, cela nous permettra de savoir si nous devons donner suite à notre petite construction dans le but pour lequel elle a été construite" (26 août 1884).

Ce plan de projet de l'Ecole maternelle, montre le RdC d'un bâtiment rectangulaire de 11 x 21 mètres, avec un couloir central sur toute la largeur et se terminant par une montée d'escalier, avec à gauche une salle de 5.30 x 11 x 4 m et à droite deux salles bout à bout (logement de la directrice ?) et derrière une salle dite préau (6,30 x 10,20 m) avec une porte et deux fenêtres. Devant l'ensemble est mentionné une terrasse de 8 m de largeur. A gauche est un chemin.
En 1885 les religieuses sont en effet propriétaires de la terre et du sol de maison en face du couvent (A 206-207), venant d'un Jean Dunand de Châtillon, tandis que la maison A 207 passe au Chanoine Sauvert de Belley (qui est dite démolie en 1885).
La suite en est que le 25 septembre 1884, se présente devant nous, maire (Dr Ch. Picquet), Eugénie Berthaud (Berthod), dite Sœur Ste-Pélagie, religieuse de la congrégation de St-Joseph de Bourg, née le 17 novembre 1862 à Bruailles (Saône et Loire), pourvue d'un certificat d'aptitude à la direction des Ecoles maternelles, laquelle a déclaré avoir l'intention d'ouvrir une école maternelle libre dans le local Dunand appartenant à la congrégation, à Châtillon, y étant depuis 5 ans, employée dans l'enseignement à Cruseilles (Ain). Le maire note "dont acte", et nous ne savons la suite qui fut donnée à ce projet...
Les premiers recensements dénomment explicitement les religieuses, leur domestique et leurs pensionnaires. Depuis la fondation, toutes ces religieuses de Châtillon ont la vocation, et le devoir, d'être des enseignantes pour personnes du sexe féminin. Les pensionnaires sont donc toutes des écolières, natives de villages voisins (des patronymes de Champfromier y sont reconnus), ou parfois aussi de la famille des religieuses. Notons qu'il est évident que bien d'autres filles, celles-ci du village, recevaient là aussi une instruction, mais sans être pensionnaires, toutefois l'on ne sait combien elles étaient, probablement quelques dizaines.
La loi du 9 décembre 1905 institue la séparation des églises et de l'état. Dès lors, à partir de 1906, les recensements se contentent de mentionner - comptées à part - le nombre de ces religieuses, ou des pensionnaires, sans même les différencier... Ce n'est qu'à partir de 1962 que l'on retrouvera des noms de religieuses, de nationalités étrangères (espagnoles en 1962). Après 1975, le couvent, muté en pension de famille, n'apparaît plus explicitement.
Au recensement de 1841, Marie Pellin porte le titre de mère supérieure, dirigeant trois religieuses, Françoise Viviand, Marie Guilin et Marie Falconnet. Le couvent héberge aussi un tout petit groupe de "9 pensionnaires" bénéficiant de l'instruction des religieuses.
L'année 1841 dénomme 5 religieuses et 8 pensionnaires (Merme, Vouaillat, Gojon, Oriol, etc.), âgées de 9 à 18 ans. En 1851, les religieuses sont 4 pour 13 pensionnaires (Sérignat, Coutier, Tournier, etc.), âgées de 5 à 18 ans. En 1856, sont dénommées 4 religieuses, une domestique et 11 écolières (de 8 à 14 ans). En 1861, il n'y a plus que 4 filles, 5 en 1866, et plus aucune citée en 1872. Il en est de même en 1876 bien que les 3 religieuses soient dites de profession institutrices. Marie Pellin, la porteuse du projet éducatif est alors âgée de 84 ans, et est dite la supérieure du couvent. Née à Cerdon, elle est décédée au couvent le 15 avril 1879 religieuse-institutrice, à l'âge de 87 ans. Si aucune des élèves n'est plus recensée en tant que pensionnaire, c'est donc que de nombreuses filles du village recevaient l'instruction d'au moins trois des soeurs.
A partir de 1881, c'est Julie Adam de Craz qui est la supérieure, du moins jusqu'en 1901. C'est elle qui traite en 1881 avec la municipalité des dispositions transitoires concernant son école (voir ci-dessous). Les recensements de 1881 et 1886 sont confus, dénommant à chaque fois 4 religieuses, mais comptant par ailleurs à part respectivement 4 et 9 personnes... Ces dernières sont certainement à nouveaux des élèves pensionnaires. En 1891 on ne relève au couvent que 3 religieuses et une domestique, sans plus de compléments, mais en 1896 les trois mêmes religieuses (Julie Adam [Sœur Blandina], 55 ans, Marie Wilhelm, 46 ans, et Marie Vidonne, 40 ans, accompagnées de Jeanne Laudet, leur domestique) sont recensées chacune avec la profession "Institutrice privée". En 1901, les mêmes encore sont plus précisément qualifiées de "Institutrice congrégationniste". Cette fois, quatre pensionnaires (élèves) sont dénommées : Léontine Rochaix, Eugénie Barbier et Elise Guillermet (10 ans), ainsi que Marguerite Guillermet (7 ans).
En 1906, première année après la séparation des églises et de l'état, 11 personnes non dénommées (et non 16 suivant le tableau du compté à part) auraient été hébergées dans le couvent... Ce nombre se décomposerait en 3 religieuses, une domestique et des élèves pensionnaires venant de villages de proximité. En 1911, "le compté à part" mentionne 11 membres pour la communauté religieuse. En 1921 le compté à part ne totalise plus que 6 membres, et il descend à 4 en 1926, 3 en 1931 et 2 en 1936. En 1946 il serait aussi de 2 mais ce nombre est ensuite barré. Le recensements suivant (1954) n'a pas de donnés explicites concernant le couvent.
Le recensement de 1962 voit le retour de 9 religieuses dénommées (qui ne semblent plus des enseignantes, mais plus probablement des infirmières exerçant à la clinique-maternité voisine, en fonction de 1953 à 1973), deux française, une suisse et six espagnoles venant de Barcelone : Adèle Paulin (79 ans, recensée précédemment à Belley), Jeanne Comeau (53 ans, Marseille), Régine Morard (46 ans, Manziat, Suisse), Irène Gomez (31 ans), Eugenia Garcia (28 ans), Melagna Gutierrez (21 ans), Hermiluia Varona (23 ans), Candida Prado-Saneiro (22 ans), Alice Vega (32 ans), et une personne dite sans profession Anne-Marie Perrier (77 ans). A noter que sont recensés à la suite de ces religieuses 3 manœuvres aussi espagnols qui semblent hébergés dans ce même bâtiment (dit maison dit arbitrairement n° 800), tandis qu'une dizaines d'autres manœuvres espagnols sont logés ailleurs (maison dite n° 100).
En 1968 et en 1975 sont recensées 4 religieuses, souvent étrangères. En 1975 ces membres du couvent sont : Marie-Francine Cinier (60 ans, née à Ars s/Forment, Ain), Germaine Mayer-Chappuis (69 ans, née à Morez, Jura), Anthelime Heritier (75 ans, née à St Jean de Chevelu, Haute-Savoie), toutes trois religieuses, et aussi Marie Bulliard (53 ans, sans profession, native de Fribourg, Suisse). Après 1975 les anciens se souviennent que le Couvent de St-Joseph se transforme en une maison de famille.
Dans les années 1950, Mireille, écolière demeurant à Ardon, descendait à pied à l'école (laïque) de Châtillon, mais elle se rendait aussi chaque jeudi après-midi chez les sœurs, en patronage récréatif. Le couvent servait aussi pour la cantine scolaire (payante) en hiver.
Vers 1950/60, Bertrand allait le dimanche matin de bonne heure à la messe des religieuses, office donné pour elles la chapelle par le curé de Boissieu. Cela leur évitait de descendre à l'église pour la grande messe de 11 h.
Vers 1990, la Résidence St-Joseph devient une pension pour personnes âgées. Il y avait environ 15 chambres, certaines occupées seulement l'été par des pensionnaires saisonniers que des familles venaient confier pendant leurs vacances. Mais les contraintes réglementaires, notamment "l'inaccès" des ruelles enneigées l'hiver, obligea la commune à trouver d'autres alternatives dans le bassin bellegardien. La maison a conservé un album photo gardant le souvenir de quelques beaux gâteaux réalisés aux cuisines pour célébrer les anniversaires de Mme Trocon, M. Métral et Mme Léger. On tire les rois en 1991 [Album photo de la bibliothèque].
Vers 2000/2001 la municipalité de Châtillon construit une école maternelle et une fort attendue cantine scolaire, près de l'église. C'est probablement peu après que les religieuses quittèrent ce couvent.
Après 2010 la maison fût reprise et transformée en Centre Provisoire d'Hébergement (CPH) par l'association Alfa3a d'Ambérieu/Bourg en Bresse qui y héberge des réfugiés ukrainiens fuyant l'invasion de la Crimée par les Russes, puis ce fût au tour des brigades de Vigipirate supervisant la région, avant d'être de nouveau réinvesti par des Ukrainiennes avec ou sans leurs familles depuis 2022.
Dans la petite double cave, qui fut construite en prenant appui sur le rocher, sont conservés quelques statuettes et émouvants tableaux provenant du couvent.

Pour info : à voir aussi un gros dossier archivé [AD01, Archiv. déposées de Châtillon, 1R1/Instruction publique/Sœurs de Saint-Joseph, école religieuse (1833-1884)].
Sources : Notes privées Lacroix ; AD01, 800 J 838.
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Jacques Levenq, Murielle Pils, Mireille Delage, Bertrand Ducrot.
Première publication le 4 février 2025. Dernière mise à jour de cette page, idem.