Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Visite de l'abbaye, le 4 juillet 1678 (Justificatif)

Voir la visiste du 4 juillet 1678

"[f° 79 (44 web)] Carte de visite de Chesery.

Frère Jean-Antoine [De la Forest de Sômont], Abbé de Tamié, Vicaire général de l’ordre de Cisteaux en la province de Savoye, savoir faisons que, visitant le monastère de Notre Dame de Chesery, filiation de Fontenet, nous y avons trouvé cinq religieux avec [et] le supérieur commissaire, tous profès d’icelui, et un novice [et un] convers, outre quatre autres profès, dont l’un est supérieur commissaire de l’abbaye d’Hautecombe, le 2è est confesseur du monastère du Betton, le 3è étudie en notre monastère de Tamié, et le quatrième fait le même au séminaire de Dôle, tous faisant le nombre de onze religieux et un convers. Et après avoir pris une entière connaissance de l’état spirituel et temporel dudit monastère, nous avons fait les ordonnances suivantes que nous commandons au chantre de lire dans le chapitre après la lecture de la règle tous les quatre temps de l’année, et à toutes et chacune les personnes régulières de les observer avec fidélité sous les peines y portées.

Nous ordonnons l’entière exécution du Bref du pape Alexandre VII donné pour la réformation générale de l’Ordre et des décrets du dernier Chapitre Général attaché aux présentes.

Suivant ledit Bref, et la définition du Chapitre Général de 1667 on se lèvera pour matines les jours solennels pour le moins à deux heures et les autres jours pour le plus tard à trois heures.

Après matines de Notre Dame, on fera lecture d’un livre de méditation afin de fournir de la matière pour faire l’oraison sur le champ.

On s’appliquera à chanter l’office et la messe avec une grande attention et modestie, sans tourner la tête comme font plusieurs, et se tenant en posture décente dans les formes [bancs], faisant les poses raisonnables et pratiquant les cérémonies de l’Ordre.

Et comme on n’y est point du tout instruit, nous ordonnons au supérieurs, sous-prieur et chantre de lire souvent les us de notre Ordre et, conformément à iceux, de régler les cérémonies et ce que les officiers ont à faire à l’église et dans les autres fonctions du monastère.

Les supérieurs et le chantre auront un soin particulier d’empêcher qu’on ne (se) précipite à l’office et arrêteront sur le champ ce désordre.

Le supérieur ira chercher ceux qui s’absenteront du chœur , afin de les y faire aller s’ils ne sont notablement incommodés.

Et comme il manque de livres nécessaires pour la célébration des offices divins, le chantre recoudra les cahiers dispersés et le supérieur fera ses diligences pour avoir les plus nécessaires, n’ayant trouvé dans le monastère qu’un graduel, de sorte qu’il faut au moins deux psautiers [f°80] et un graduel, et des processionnels et des missels.

Et comme on n’est pas instruit dans la Règle et les constitutions de notre Ordre, on achètera quelques Règles de St-Benoit, le livre intitulé Nomasticon de notre Ordre, que nous ordonnons au supérieur de faire lire de temps en temps, soit au chapitre soit au réfectoire, afin que chacun voie ce à quoi sa profession l’oblige.

On fera mettre les balustres de la nef et des sous ailes de l’église un pilier plus bas qu’elles ne sont, afin qu’on puisse entrer au chœur par le bas, et dans cet espace les convers se tiendront pendant les offices et messes et feront les mêmes cérémonies que les religieux font au chœur.

On ôtera toutes les lampes qui sont en différentes chapelles et, outre celle qui est au degré du presbytère et qui doit toujours être allumée, on en mettra une au milieu du chœur et une troisième au milieu de l’espace qui sera entre le chœur et le balustre, et on les allumera toutes aux jours marqués en nos constitutions.

On sonnera les cloches selon qu’il est marqué dans les institutions de l’Ordre, distinction 1, ch. 12, et dans les anciennes définitions dist. 3 ch. 4.

On ôtera le confessionnal qui est dans l’église dans la nef au côté gauche et on grillera les petites fenêtres de celui qui est à droite.

On ne tiendra jamais le balustre ouvert , sauf aux jours où le concours est extraordinaire ; mais en ces jours comme en tout autre temps nous défendons, sous peine d’excommunication, de laisser entrer les femmes dans le dortoir, dans le cloitre et dans les autres lieux réguliers, lesquelles on tiendra à cet effet soigneusement fermés.

On ne souffrira point que les séculiers passent le balustre , et quand quelqu’un tiendra sa dévotion à St-Roland, on les introduira pour les faire approcher des reliques, seulement hors le temps de l’office.

On exposera les reliques sur le grand autel, seulement pour la grande messe aux jours et en la manière marquée dans les institutions dist. 1 ch. 9.

Nous défendons de recevoir aucune fondation pour des anniversaires sans la permission du chapitre général. Le sacristain fera dire les messes de fondation selon le rôle qui nous a été montré, dont on mettra une table [une liste] à la sacristie.

Nous défendons à tous les religieux, sous peine d’excommunication, de retenir l’argent qu’on leur pourrait donner pour dire des messes, leur ordonnant de le remettre au sacristain qui aura soin de les faire dire.

A cette fin, nous ordonnons que celui qui sera en semaine des messes matutinales dira, les jours vacants, les messes de dévotion, selon le billet que le sacristain lui en donnera.

[f°81] Suivant nos us, le sacristain sonnera toutes les heures de l’office, et comme la grande cloche est difficile à sonner à un seul, on lui aidera, nous lui enjoignant d’être ponctuel à sonner aux heures, et au supérieur d’y tenir la main.

On continuera de dire l’office aux heures accoutumées sans qu’on s’en puisse dispenser.

Comme on est peu de religieux, sous prétexte de quelque office que ce soit, on ne se dispensera point d’assister au chœur depuis le commencement des offices jusqu’à la fin, et le serviteur d’église aura soin de préparer toutes choses pour le premier coup de la grande messe afin qu’il ne soit point distrait pendant tierce.

De même le serviteur et le lecteur de table ne sortiront point de l’office pour préparer ce qu’ils ont à faire. Et pour cela, au sortir de sexte ou de nones, on ne sonnera pas à l’église le diner ou autre repas, mais seulement on sonnera lorsque tout sera prêt au réfectoire, et en attendant, chacun se retirera dans sa chambre et ne rodera pas ni dans le cloitre, ni dans le réfectoire ni dans la cuisine.

A cause du peu de religieux, le serviteur du réfectoire servira les religieux, et puis dinera . De même le lecteur de semaine lira quelque temps et puis se mettra à table avec les autres, et quand le convers aura servi tout ce qu’il faudra il continuera la lecture.

Et pendant cet intervalle et en tout autre temps, on gardera inviolablement le silence au réfectoire, au dortoir, à l’église, comme aussi en tous lieux depuis Complies jusqu’au Pretiosa du lendemain.

Comme il manque de mobilier pour la communauté, le supérieur et les officiers de la maison procureront à ce qu’on ait les plus nécessaires.

De même aux réparations qui sont indispensablement à faire, pour un canal pour éloigner l’eau tout le long du dortoir et pour nettoyer les lieux nécessaires qui infectent tout le dortoir, et pour conduire l’eau de la fontaine du cloître.

Nous défendons d’admettre aucun étranger à manger au réfectoire et on les servira seulement dans la salle à ce destinée après les avoir conduits à l’église et leur avoir lu quelques articles d’un bon livre.

Nous défendons à aucun religieux, et même au supérieur, de boire ni manger avec aucun étranger sous prétexte de leur tenir compagnie, ne devant demeurer aucuns avec eux pendant les repas que celui que nous avons destiné pour les recevoir, qui n’omettra jamais de lire un chapitre d’un bon livre au commencement du repas et ensuite il prendra soin de les servir.

[f°82] Nous défendons très expressément à aucun religieux de boire et manger en sa chambre sans en avoir la permission du supérieur qui la donnera seulement en cas d’une notable infirmité. Nous ordonnons de nous donner avis de la contravention à cette ordonnance.

Et comme le désordre de ce monastère est venu de la trop grande fréquentation avec les séculiers, et même avec les gens de basse condition, nous défendons de même à aucun religieux de boire ni manger avec ceux avec qui il sera quelquefois nécessaire de donner à manger pour des services rendus à la communauté ou aux particuliers.

Outre cela, nous défendons à aucun religieux d’aller dans la grande cour les jours de fête ou dimanches ou d’assemblée du peuple, défendant au supérieur de le permettre, sauf au procureur lorsqu’il sera absolument nécessaire pour les affaires de la maison. La porte du monastère sera toujours fermée de sorte, qu’on ne la puisse pas l’ouvrir, même en dedans ; à cet effet il n’y aura point de clef commune de cette première porte, et le portier ne confiera ses clefs à personne et les portera le soir au supérieur.

Comme après Complies, on est en silence, nous défendons de recevoir aucun étranger dans le monastère après huit heures du soir en tout temps, et à cet effet le portier retirera la corde de la cloche desservant la porte après Complies.

Nous ordonnons, sous peine de désobéissance, à tous les religieux de remettre entre les mains du cellérier les serviettes et nappes qu’ils ont rière eux afin d’en meubler la communauté et la chambre des hôtes.

Comme il n’y a point eu jusqu’à présent de logement destiné pour cela, nous ordonnons à cet effet qu’on accommodera la grande salle et le cabinet qui y est. Cela fait, nous défendons à aucun religieux de faire coucher au dortoir aucun étranger , ni de parler avec eux pendant les offices et après Complies, voulant qu’on quitte toute compagnie lorsque l’office sonne ou le réfectoire.

Nous ordonnons qu’au sortir du chapitre, les jours de travail, on le sonnera à la table qu’à cet effet on mettra au cloitre ; il durera pendant une heure, et le supérieur et le cellérier ordonneront ce qu’il y aura à faire. L’après diner on fera la même chose et on le sonnera à deux heures.

Quand quelqu’un ira en campagne ou en reviendra, il recevra au degré du presbytère la bénédiction marquée à la fin du bréviaire.

Le supérieur ne permettra à aucun, sous quel prétexte que ce soit, de venir vers nous ou autres supérieurs sans en avoir un ordre précis.

Nous défendons de porter en campagne des casaques ou justaucorps [f°83], permettant seulement l’usage des manteaux. On n’ira jamais sans chaperons, sous les peines portées dans le dernier chapitre général [de Cîteaux].

Nous recommandons extrêmement la modestie, lors qu’on est hors du monastère et qu’on ne vive pas en séculier en prenant des libertés qui scandalisent les laïcs, qui sont toujours édifiés lorsqu’un religieux pratiquera exactement sa Règle.

Nous supprimons, suivant le susdit Bref, l’usage des collets de toile et nous défendons les robes fendues.

Comme l’autel qui est entre les deux grandes portes de l’abbaye est en lieu fort indécent, nous ordonnons qu’on l’ôte et la lampe qui est au même lieu .

Pour l’administration du temporel , les officiers que nous avons établis suivant ledit Bref feront leurs charges et tiendront un fidèle compte de ce qu’ils recevront et dépenseront. Le procureur et le boursier le rendront toutes les années au 14 de septembre, jour auquel commence la récolte, et le cellérier rendra le sien tous les samedis, et à la fin de l’année ci-dessus on mettra dans un livre l’état du revenu de la communauté, le reçu et puis les mises, lesquels comptes seront signés par la communauté et représentés au Visiteur lors de la visite annuelle. Et comme il y a des religieux absents, nous ordonnons qu’on ne touche pas ni au blé ni au vin de leurs prébendes, ni à l’argent qui est donné pour la pitance, ni au revenu provenant des granges pour la rate-part qui leur en peut comporter.

Nous défendons au cellérier et autres officiers de donner de l’argent à aucun religieux pour ses nécessités, sauf en cas de voyage, à la charge d’en rendre compte au retour et d’en rendre le surplus ; mais toutes les nécessités seront fournies à chaque particulier par ledit cellérier selon l’ordre du supérieur, tant en santé qu’en maladie.

Il ne se fera aucune dépense tant soit peu considérable sans le consentement du supérieur et des officiers par écrit.

Et comme nous avons reconnu par les derniers comptes qu’il s’est fait de notables dépenses pour les frais de la visite régulière qui a précédé la nôtre présente, nous défendons, en exécution du décret du chapitre général de 1667, de donner au visiteur que la somme de 16 livres tournois [f°84] et au syndic 8 livres, sans les mener au monastère ni les reconduire au plus voisin et, moyennant cela, la communauté retirera la somme de 50 livres à laquelle le fermier est tenu pour les frais de visites.

Personne ne boira dans toute l’étendue de la paroisse de Chésery, suivant l’express commandement de notre Règle, pour obvier à tous les inconvénients qui sont arrivés de ces sortes de comessations [collation, repas] avec les gens du voisinage, et le supérieur ne donnera que pour de trop urgentes nécessités permission d’aller dans les maisons voisines.

A cet effet, quelques jours de la semaine, le supérieur mènera toute la communauté à la promenade dans des endroits hors de la vue des séculiers, sans qu’il soit permis à aucun de se séparer.

Et comme tout le règlement des monastères dépend des supérieurs, nous enjoignons au commissaire par nous continué, de vaquer avec application aux fonctions pastorales et au soin des âmes, de veiller sur la conduite de tous les religieux, de s’informer d’eux de l’état de leur conscience, enfin de pratiquer tout ce que St-Benoit prescrit dans sa Règle aux deux chapitres où il parle de l’abbé.

De même les inférieurs auront tout le respect qu’ils doivent pour le supérieur, qu’ils considéreront comme représentant la personne de Jésus Christ ; ils lui obéiront dans les moindres choses, et les réfractaires seront sévèrement punis.

Fait et publié dans le chapitre de ladite abbaye, tous les religieux assemblés, le 4 e de juillet, l’an 1678 sous notre contreseel dont nous nous servons au défaut du sceau de la province." [Fin de la transcription].

 

Source : AD73, SA 206, f° 79.

Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Frère Jean-Bénilde (Tamié).

Première publication, le 26 juin 2020. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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