| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Pour la troisième fois en trois ans, le frère Jean-Antoine De la Forest de Sômont, abbé de Tamié, toujours vicaire général des abbayes cisterciennes de Savoie, rend visite de l'abbaye de Chézery, le 22 août 1680. Cette fois, il est accompagné de Dom Estienne Bouves, docteur en théologie et prieur de Balerne.
Il est vrai que l'année précédente il n'était venu que pour la visite des bâtiments, avec une liste de travaux et une meilleure délivrance d'aumônes adressée à l'abbé commanditaire du lieu ; mais à ces sujets on note qu'il n'est fait allusion à aucune amélioration dans cette présente visite. La connaissance du temporel, qui semblait satisfaisante lors du rapport de l'année précédente, laisse toujours à désirer, mais elle est vite expédiée, se rapportant cette fois à la visite faite deux ans auparavant : "ordonnons que notre précédente carte de visite du 4 juillet 1678 sera plus exactement observée qu’elle n’a été, touchant la réception des étrangers, l’assistance aux offices divins, même pour les officiers, le silence, la promenade à la cour et pour l’administration du temporel."
L'objet principal de la visiste, concerne presque excusivement le contrôle de l'argent, et en particulier les justificatifs à fournir par les cellériers.
Regrettons une troisième fois qu'aucun abbé ni prieur ne soit dénommé dans cette nouvelle carte de visite. On s'en tiendra donc à nouveau à Monseigneur de Chaumont, alias Nicolas Deschamp, intérimaire de Joseph de Savoie (?) pour abbé, et à Bernard Mathieu pour prieur. Et pour les religieux, on n'en dit même pas le nombre, les seuls cellériers présents et passés mis en cause sont seuls sont dénommés.
Les cellériers sont la cible de tous les premiers paragraphes : "Et comme [l’administration du temporel] est un point très important, nous ordonnons que chaque cellérier mettra à la tête d’un livre l’état du revenu de la maison en quoi il consiste, et à la marge de chaque article dudit état y mettra les reçus de l’année (...) ; le cellérier est le seul comptable, c’est à lui à administrer les granges, faire les emplettes (...) ; Et attendu la confusion que nous avons trouvé dans les comptes qui se sont rendus par ci-devant, nous ordonnons que, conformément à notre ordonnance du 18 novembre dernier, Dom Pierre Gros rendra ses comptes de cellérier dès le 17 février de l’année passée jusqu’au temps qu’il a cessé de l’être, comme aussi frère Antoine Mermety rendra les siens de tout le temps qu’il a été cellérier, et encore Dom Bernard Mathieu, sous-prieur et cellérier moderne (de l'année), les siens (...) ; n’aurons aucun égard à l’accord fait entre la communauté et ledit Dom Pierre Gros, sur la finition de ses comptes en date du 7 janvier dernier [1680]". "Vénérable Dom Supérieur commissaire" reçoit aussi l'ordre de rendre compte aux cellériers "de tout ce qu’il a reçu et employé en quoi que ce soit". Les deux détenteurs des clés du dépôts ne remettrons point leurs clés aux uns et aux autres, et quand un tiers remettra de l'argent, les trois présents signeront sur le livre, et le cellérier donnera quittance de tous dépôts. Les obligations en faveur de la communauté seront mises au dépôt.
Les autres affaires évoquées concernent d'abord les délivrances de blé et autres denrées par les fermiers suivant leurs baux : "Quand les fermiers ou autres délivreront des denrées pour les pensions ou grangeries, les seuls supérieur et celleriers les recevront, défendant à aucun autre de s’y trouver pour éviter les désordres qui y ont été ci-devant pour ce sujet."
On relève ensuite référence à une confrérie de St-Roland, redevable en blé, et dont le visiteur souhaite que les moines réguliers n'y interfèrent pas : "Nous défendons d’envoyer des religieux exiger le blé de la confrérie de St-Roland, cela se pourrait faire par un séculier."
Et pour finir, le visiteur semble souhaiter que les moines ne ressemblent à leurs caricatures d'obèses : "Nous défendons au cellérier de fournir aucune chose pour le repas du goûter entre le diner et le souper à aucun religieux, et ce sous peine d’interdit, et de donner au plus que du fromage pour le déjeuner."
Source : AD73, SA 206, f° 131.
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Frère Jean-Bénilde (Tamié) ; Hélène Rinaldi (Transcription).
Première publication, le ... 2016. Dernière mise à jour de cette page, idem.