| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Mathilde [CI-12097] fille d'Anthelmette Durafour, sage-femme de Chézery (Ain), est morte le 8 janvier 1865 à Bourg-en-Bresse en école d'accouchement, rue Cropet (actuelle rue Samaritaine). Ce triste événement témoigne toutefois de la prise de conscience au XIXe siècle de la nécessité d'une formation départementale pour les sages-femmes.
L'école d'accouchement de Bourg a été créée en 1818 sous la responsabilité du Dr Denis François PACOUD (1771-1848). L'école a ensuite été déplacée, une maternité neuve construite par Tony Ferret boulevard de Brou (qui accueille aujourd'hui le collège de Brou), puis en 1938 sur le champ de Mars, sous l'impulsion du Docteur Pelicand, par l'architecte Deschavannes (aujourd'hui EHPAD Pélicand).
"À Bourg, comme partout en France, l'organisation d'une formation théorique et pratique des sages-femmes donnera naissance aux premières maternités. Autrefois, les femmes accouchaient à domicile, aidées de « matrones » plus ou moins expertes et sans instruction, dans des conditions d'hygiène très précaires. Il en résultait une très forte mortalité tant chez les parturientes que parmi les nouveau-nés. En 1772, le premier Hôtel-Dieu de Bourg ouvre une chambre de trois lits pour les femmes en couches. À cette époque, le manque de soins aux futures mères est tel que l'Intendance provinciale de Dijon s'en émeut. En 1780, elle envoie à Bourg une « dame des accouchées » pour proposer des cours à des jeunes filles ayant une vocation pour l'obstétrique.
Par arrêté du 27 juillet 1801, le préfet Ozun décide la création d'un cours d'obstétrique gratuit pour trente jeunes filles dans une salle de la Charité, mais, faute d'argent, cette belle initiative n'aboutit pas. Une nouvelle tentative est faite en 1803 dans le cadre du nouvel Hôtel-Dieu récemment construit. Vingt-cinq élèves suivent un enseignement financé par le Conseil général, mais interrompu au bout de trois mois du fait de la présence perturbatrice de militaires à l'hôpital. Il en résulte que, pendant plusieurs années, le Département de l'Ain sera contraint d'envoyer en formation à ses frais, chaque année, six à dix jeunes filles dans les écoles de sages-femmes de Paris, de Genève et de l'hospice de la Charité de Lyon.
La première école de sages-femmes devait voir jour à Bourg en 1818, sous l'impulsion du Conseil général de l'Ain. Il faut cependant attendre le rapport du baron du Martroy, préfet de l'Ain, présenté au Conseil général le 5 août 1819, pour voir se concrétiser le projet. Sa direction est confiée au docteur Denis Paccoud (1771- 1848), chirurgien militaire en retraite et médecin chef des épidémies de l'Ain. Ainsi est créée l'école de sages-femmes de Bourg, financée par le Département. Après quelques mois à l'Hôtel-Dieu, elle s'installe rue Cropet (actuelle rue Samaritaine). Quinze élèves y sont inscrites pour suivre des cours dispensés par le docteur Paccoud. Ils sont répartis en première et en deuxième année (périodes de quatre mois). Les débuts sont difficiles, faute de crédits suffisants. À partir de 1821, l'élan est donné et les résultats s'avèrent très positifs avec une diminution de la mortalité néonatale. En 1854, une salle est réservée à l'accouchement des femmes pauvres. Cette école de province acquiert rapidement une réelle renommée et sera même déclarée «école modèle » par l'Académie de médecine. De fait, elle servira de modèle pour les écoles de sages-femmes de Mâcon et de Clermont-Ferrand (Voir ci-dessous en 1828).
En 1861, cette école devient l'Hospice de la maternité. Véritable petit service hospitalier, il comporte deux infirmeries de six lits, l'une pour les « filles mères » au rez-de-chaussée, l'autre pour les femmes mariées indigentes au premier étage, une salle d'accouchement, une salle d'étude, une chambre pour trois sœurs de Saint-Joseph, et un dortoir aménagé dans le grenier pour les élèves. Le docteur Pic (petit-fils du docteur Paccoud), chirurgien de l'hôpital, en est le médecin accoucheur, assisté de deux sages-femmes : Mmes Renaud et Page. L'acquisition en 1880 de la demeure « de Choin » permet une extension des locaux au 18, rue Samaritaine. Cette école renommée attire des élèves boursières bien au-delà de l'Ain jusque dans les départements de la Loire, de l'Isère, du Jura et de la Drôme." [Bourg en Bresse, Epopée humaine et urbaine (pp. 440-441)].
Un autre ouvrage, paru en 1828, clame haut et fort les résultats de l'école : "Pour donner une idée précise des résultats qu'offre notre école, nous remarquerons que sur 7821 accouchements faits par les élèves de l'école en 1824, 1825 et 1826, on n'a perdu que 66 mères, ou 8 et demi par mille : les pertes dans le pays d'étangs sont de 12 par mille, de 8 dans la plaine sans étangs, et de 6 seulement en montagne (et, concernant les accouchements de filles-mères, seulement 4 décès de mère sur 400, soit 10 pour 1000, contre 50 mères pour 1000 à Paris, cinq fois plus qu'à Bourg !)" [Notice statistique sur le département de l'Ain, en 1828, par M.-A. Puvis (pp. 135-141)
Rappelons toutefois que le lavage des mains des médecins accoucheurs, faute de quoi de nombreuses parturientes mouraient de la fièvre puerpérale, ne sera reconnu qu'en 1878 par la thèse de Joanny Rendu (né à 01-Châtillon-en-Michaille en 1851, fils d'un négociant de 01-Champfromier).
C'est à cette période que Mathilde est décédée.
Les recensements des deux communes distinctes de Chézery et de Forens, font mention de sages-femmes dès le premiers recensement conservé, en 1856 (les précédents manquent). Anthelmette Durafour [CI-10358], de Rosset, est veuve, cultivatrice et sage-femme âgée de 48 ans. Elle gardera ces deux activités jusqu'en 1861 (51 ans). Au même recensement de 1856, Marie-Françoise Durafour [9735], épouse de Jean-Marie Mathieu à L'Eperry, est aussi sage-femme.
En 1872, c'est la jeune Eugénie Berrod [12269], 23 ans, fille cadette de Julien Berrod de la Fontaine-Bénite qui exerce en tant que sage-femme. Probablement était-elle issue d'une promotion d'accoucheuses de Bourg, sachant lire et écrire, des critères permettant de sélectionner les candidates. Elle avait certainement été encouragée par Antelmette, toujours sage-femme (61 ans, décédée en 1874), habitant désormais la maison voisine à la Fontaine-Bénite.
En 1876, on retrouve Eugénie. Elle meurt en 1887, épouse de Delphin Millet (secondes noces), un mois après avoir donné naissance à un fils qui mourra lui-même âgé de quatre mois.
En 1881 c'est Aline Gros-Gojat [12440] est sage-femme ; c'est la jeune épouse, âgée de 27 ans, de Jean-Louis Durafour (lui même âgé de 51 ans) ; ils demeurent tous deux avec leurs deux filles (3 ans et 6 mois) dans le Quartier de l'Abbaye.
En 1891, Anna Rosset, 36 ans est sage-femme à Forens ; manifestement veuve d'un douanier, (ils sont nombreux dans les environs), elle éleve seule ses trois enfants. Parallèlement, Léontine Blanc [12736], célibataire âgée de 29 ans demeure à Noire-Combe avec sa mère (Cartant) et les autres enfants cadets de la fratrie, est également sage-femme.
En 1896, c'est Léa Grenard [13183], 22 ans, épouse du facteur (François Bouffand, 39 ans, demeurant au Quartier de l'Abbaye), qui exerce la profession, et qui sera en activité jusqu'en 1931 (dernier recensement autorisé à la consultation), étant alors veuve. Notons que, comme pour la précédente, son époux ne travaillait pas la terre, et que la femme, au lieu d'être traditionnellement agricultrice, avait opté pour d'autres débouchés, sage-femme, au lieu des habituelles activités de domestiques (ou lingères).
Les sages-femmes avaient un statut reconnu des hommes. Ainsi dans le cas d'enfants naturels, c'est presque toujours elles qui allaient déclarer la naissance à la mairie, parfois même en nommant le père, sa déposition valant serment.
Sans formation, davantage imprégnées des principes de la religion et des bonnes mœurs que de notions élémentaires d'hygiène, il était depuis longtemps de tradition que dans chaque village, une femme ait des fonctions de sage-femme. On l'appelait aussi la « matrone ». C'est elle qui se déplaçait et venait dans la grange, ou habitation, où l'enfant allait naître.
En 1690, Rolande Carret, femme de Roland Vualliat dit Rocher, sage-femme, déclare le nom du père d'un enfant né à Nègre-Combe (noire-Combe), fils de Marie Mermoz (Mermet). Ce père est Pierre Des Cordes (Deboveres, Debordes, Desbordes), écuyer, seigneur de Merciat.
En 1696 un Roland Vennière, enfant de parents non mariés, voit Marie Blanc, sage-femme, produire un rapport de paternité, en présence de deux témoins.
En 1710, un fils Chaboud est baptisé à la maison juste avant de décéder, en présence de Rolande Jaquenod (Jacquinod) matrone.
Les registres de Chézery et Forens mentionnent 116 baptêmes qui font référence à une sage-femme.
Compléments (avec plan des bâtiments de l'école) : voir AD01, 4N284.
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Romain Piquet, secrétaire général de PPA.
Première publication le 12 janvier 2022. Dernière mise à jour de cette page, idem.