Patrimoine et Histoire de Champfromier
Par Ghislain Lancel

Le Moulin Mermillon
et la cavalcade de 1927 à Chézery

 

De l'ancien moulin Mermillon, situé en bordure de la route de Bellegarde, à la sortie de Chézery (Ain), il ne reste plus que le souvenir d'une roue. Eliane Poncet, née en 1945, avait vu cette roue étant petite enfant. Ce vestige d'un passé révolu fut donc détruit vers 1950 pour construire à sa place un escalier ouvrant sur la rue et donnant un accès direct au premier étage de ce bâtiment, devenu habitation. Le ruisseau d'amenée d'eau qui faisait tourner la roue est toujours existant, mais il est canalisé et passe sous la route avant de se jeter dans la Valserine.


La roue du moulin Poncet, en 1941

Les recensements de population attestent que le moulin a cessé son activité entre 1926 et 1931, et était habité par la veuve de César Mermillon. Sa très connue voisine, la sage-femme Léa Grenard, épouse Bouffand, devint aussi veuve entre ces deux recensements.

Le plan cadastral de 1818 ne montre encore aucune maison ou bâtiment à l'endroit du moulin, ni d'ailleurs entre ce lieu et les anciens cabarets. Il en est de même sur les plans cadastraux de 1847 (mais un moulin appartenant à un François Mermillon est alors mentionné dans le bas du Ruisseau des Moines). Le recensement de population de 1891 ne mentionne pas encore de meunier demeurant dans les environs. C'est au recensement de 1901 qu'apparaît César Mermillon (n° 247). De toute évidence, il vient de faire construire ce moulin, en un endroit idéal, en bordure de l'ancien ruisseau des moines (en face de l'ancienne "forge" qui, elle, existait depuis l'abergement au maréchal-ferrant Loys Blanc en 1639). Une roue peut donc actionner ce moulin, nouveau et ultime moulin hydraulique sur ce ruisseau qui en avait connu bien d'autres en amont. César est alors célibataire, mais est déjà patron meunier, ayant avec lui un domestique suisse. En 1906 (n° 192) il est marié, patron, et n'a plus de domestique. On le retrouve, toujours patron meunier, en 1911 (n° 129), en 1921 (n° 72), et finalement en 1926 (n° 84)

Pour info, signalons aussi que Louis Verchère, patron meunier de l'autre moulin de Chézery, cessa ses activités à Chézery entre 1926 (recensé n° 183) et 1931. Mais lui ce fut pour aller au moulin communal de Champfromier, où il arrive en 1927 (avec sa balance personnelle...). Les recensements nous apprennent qu'en 1911, il travaillait avec François Verchère (n° 252), son père, patron meunier au lieu-dit Abbaye de Chézery.

Cavalcade de 1927


Acteurs de la cavalcade de 1927, devant la roue du moulin Poncet

Le souvenir de cette roue de moulin (à l'arrière-plan sur la photo ci-dessus) est attaché à la "Cavalcade des 5 chalets" de 1927. Sur la photo ci-dessus, où la roue est à l'arrière-plan, étaient acteurs : André Moine (garde-champêtre au tambour), Michel Regad (accordéoniste) et Gatien Grossiord (cuisinier à la toque, en haut à droite).

Ce moulin ne fut pas l'un de ceux de l'abbaye

Malgré un vague souvenir d'appellation "Moulin de l'abbaye", et l'existence du ruisseau d'amenée d'eau, lui, bien dit et fort logiquement, "Ruisseau du moulin", la maison Poncet située rive droite de ce ruisseau n'est pas celle d'un moulin datant de l'époque de l'abbaye. Si l'abbaye possédait bien un moulin dit "du bas" et si le ruisseau est bien celui qui est tracé sur la mappe sarde (vers 1730), il n'y avait par contre alors aucun bâtiment situé de ce côté du ruisseau.

Toutefois, il y en avait bien un bâtiment qui était voisin, mais situé de l'autre côté du ruisseau, rive gauche, là où se trouve actuellement la maison que l'on nomme encore "la forge de M. et Mme Bouffand". On n'est même pas certain que la forge rappelle un moulin ou un battoir de l'abbaye, car ce bâtiment, dont le numéro peu lisible serait le 48 sur la mappe sarde, n'est pas mentionné dans l'inventaire des parcelles de l'abbaye en 1728/29 [AD74, 1G335]. Toutefois un plan de Durieu, daté de 1753, place bien un bâtiment sur cette rive gauche du ruisseau, avec la mention voisine de "moulin"... On peut donc penser que ce vieux bâtiment fut bel et bien celui des "Moulin d'en Bas" (et battoir ?) de l'abbaye. Il était situé en un endroit facilement accessible pour les paroissiens qui devaient apporter leur blé à moudre en un moulin banal. L'expertise de 1756 laisse penser que l'un des deux moulins de cette paire était hors d'usage ("la roue et rouet du Moulin Gros entièrement ruinés"), l'autre pouvant encore être en fonction (la roue "du Moulin Blanc, le rouet d’icelle ... en assez bon état") [AD74, 6 C 166, f° 666/667]. Un fait est certain, c'est qu'en 1818, la parcelle concernée (D1234) n'était plus dite moulin mais "maison" de 106 m², appartenant à Jean Bouffant.

 

Clichés et noms des personnes : Michel Blanc. Publication : Ghislain Lancel.

 

Première publication, le 27 septembre 2017. Dernière mise à jour, idem.

 
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