| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Contrairement aux deux autres anciennes verreries de Chézery, celles du Manant et du Nant Sec, celle-ci n'a pas été précisément localisée. On connaît toutefois sa situation approximative, au Crêt (rive gauche de la Valserine, en face de la Namphée de Montanges).
On dispose surtout d'une carte de Darçon (levée vers 1779) qui la désigne "verrie" et la situe en face du Ladai (lapiaz des Georennes) de Champfromier.

Plusieurs actes notariés font référence à cette nouvelle verrerie, bien vite délaissée par le sieur Rierly, les précédentes verreries ayant probablement épuisé les ressources locales en bois. Ces actes, ou mentions, permettent de reconstituer les étapes de la verrerie du Crêt de Chézery, entre 1777 et 1782.
[Création de] société entre Sr Victor Rerly fabricant en verre, Pierre-François Caire marchand à Chatillon et Claude Joseph Moine marchand au Cré, paroisse de Chezery, pour fabriquer des verres audit Cré. Ce dernier promet de mettre au mois de juin prochain 1000 livres dans la société.
Vente par Roland Moine du Cré paroisse de Chezery en faveur de Victor Rerly demeurant audit lieu, Pierre-François Caire marchand à Chatillon, Claude Joseph Moine fils du vendeur, de la coupe de bois fayard et autres bois blancs situés audit Cré, moyennant 2500 livres.
Permission donnée par Roland Dujoux journalier du Cré paroisse de Chezery aux susdits associés de prendre une source d'eau sous le Blocheny soit le Bignot pour la conduire au lieu où ils le jugeront à propos ; cette permission durera autant de temps que la verrerie aura lieu moyennant 3 livres.
Ces données proviennent des insinuations des actes civils, citant trois actes passé par devant Me Genolin le 19 mars 1777, et insinué le 24 mars [3E14366 (en ligne)].
Le sieur Caire et sa femme sont des gens bien assis dans le pays. Ainsi, par exemple, le 15 septembre 1774, on relève une cession de droit accordée à Pierre François Caire et Marie Françoise Vuilard, sa femme de Chatillon, par sieur Joseph-Marie-Luc-Laurent Vuillard demeurant à Chambery (3E14366, f° 59, vue 9). Le 24 janvier 1775, une autre cession de droit leur est remise par sieur Jean-Claude Gros, bourgeois de St Claude (f° 84, vue 12). Notons encore le transport (de titres), pour sieur P.F. Caire marchand de Châtillon et sa femme, par Romain-Marie Millet huissier en la cour des monnaies de Paris, demeurant à St Claude, le 27 avril 1775 (f° 108, vue 15).
Le 24 juin 1777, une convention est passée entre Sr Victor Rerly et Roland Dujoux : "Fut présent Roland Dujoux demeurant au Cré vallée de Chezery lequel a volontairement cédé à Victor Rerly entrepreneur des verreries Royales cy présent, tant pour luy que pour ses associés, l'usage des eaux qui peuvent être dans un paquerage appelé au Bugnion appartenant au dit Dujoux et même la faculté d'en chercher à 50 toises aux environ et y mettre les bourneaux nécessaires pour conduire l’eau de la verrerie, pendant la durée de la verrerie du Crez (...). En présence de Antoine Ferreu verrier demeurant à la verrerie de la Grande Combe en Franche Comté (qui signe Ferreux)" [3E 143 44 (Me Crochet) -- Mention dans 3E14366, en ligne vue 34/811].
Dissolution, en date du 20 août 1777, "de société passée par Victor Rerly maitre fabricant en verre en faveur de Sr François Caire marchand de Chatillon et Claude Joseph Moine, fils émancipé de Rolland Moine marchand du Cré, disant les dites parties que par acte en due forme reçu Genolin le 19 mars 1777 elles auraient formé entre elles une société de construire une verrerie à frais communs audit lieu du Cré que les privilèges qui auraient été accordés à cet effet fairoient parties de la société, que les meubles et outils nécessaires pour la fabrication des verres seroient fournis par les associés. Considérant ledit Rerly qu'il luy seroit plus avantageux de sortir de ladite société, cède aux Srs Caire et Moine" [3E 17394 (Me Rendu, le 20/08/1777)].
Deux jours plus tard, le Sr Victor Rerly, habitant à la verrerie du Cré, donne une procuration à Delle Louise Guigon son épouse résidente au village du Cré, pour exiger des Srs Caire et Moine marchands résidents à Chatillon et audit lieu du Cré tout ce qui peut par eux être dû [3E 17394 (Me Rendu, le 22/08/1777)].
Enregistrement du 10 novembre 1779. "Cession faite par Joseph fils de Roland Moine en faveur de Sr Pierre-François Caire de Châtillon et Charles Brunet de Billat de sa moitié de verrerie située au Crèt et de la moitié encanes dues par les Sieurs Chenaux, Lanchemin, Chatelain, Dupras (?) montant à 900 livres et de la coupe du bois qui monte à 2500 livres suivant l'acte reçu Genolin le 19 mars 1777 et de 24 livres à luy dues par les Srs Selonge et Rostand moyennant 5200 livres, ainsi que des outils verres salin et autres matériaux sous la condition que les dits Caire et Brunet payeront à sa décharge 1329 livres 5 sols aux coupeurs de bois" [AD01, Actes Civils 2279].
Le 1er juillet 1781 est passé un acte de vente d’une coupe de bois foyards par Roland Dujoux demeurant au Crez, Vallée de Chézery, en faveur de sieur Pierre François Caire, Maître de la verrerie du Crez [AD01, 3E14366, Résumé en ligne vue 140/811 (Me Jean-François Crochet, notaire à Châtillon en Michaille, f° 163)].
Le 19 novembre 1781, une convention est passée entre Joseph Moine, Victor Rerly [!], Pierre François Caire entrepreneurs de la verrerie du Crè rière Chezery et Jacob Joseph Fontbex et Jean Pochtal, coupeurs de bois, par laquelle ces derniers s’obligent de couper le bois nécessaire à la verrerie, à raison de 7 livres la corde suivant l'acte en date du 5 septembre 1777, signé par lesdites parties [AD01, Actes Civils 2281].
Le 24 novembre 1781 "furent présents Jacob et Joseph Fonbetz frères, Jean Pochetal coupeurs de bois résidents à la verrerie du Cré d’une part et Claude Joseph Moine laboureur dudit lieu du Cré (d'une part), et Mtre Isidore Caire huissier résident à Chatillon comparaissant icy et au nom de Sr Pierre-François Caire son père d’autre part, disant les dites parties que par acte du 19 mars 1777 reçu Genolin, Roland frère dudit Claude Joseph Moine auroit vendu la coupe d’un canton de bois blanc et fayard situé audit lieu du Cré auxdits Srs aire et Moine en se réservant néanmoins le canton situé au- dessus de sa maison à la charge pour lesdits acquéreurs de se conformer dans leur coupe aux désirs de l'ordonnance des eaux et forêts et que malgré les conventions passées sous écritures privées et contrôlé le 20 du courant entre ledit Sr Caire et lesdits Fombetz et Pochietal, ces derniers auraient coupés dans le susdit canton réservé par ledit Roland Moine plusieurs pieds de bois fayard et autres, en conséquence (...)" [3E17398 (Me Rendu)].
Le 1er février 1782, par devant le notaire Royal soussigné fut présent Roland Dujoux journalier demeurant au Crez vallée de Chezery lequel volontairement "reconnoit et déclare avoir reçu tant cy devant que présentement réellement et en bonnes espèces de Sr Pierre-François Caire propriétaire de la verrerie royalle du Crez, demeurant à Chatillon, présent et acceptant la somme de 92 livres à compte du prix du bois que ledit Dujoux a vendu audit Caire suivant un acte de vente reçu je notaire le 1er de juillet de l'année dernière en due forme de laquelle susdite somme de 92 livres ledit Dujoux tient quitte le Sr Caire avec promesses de ne luy en plus faire de recherches dont acte obligeans soumettans renoncans, et ce fait et passé à Chatillon dans l'étude en présence de Pierre Moine marchand demeurant au Crez et de Jean François Buffard journalier demeurant à Chatillon témoins requis, le Sr Caire a signé Roland Dujoux et les témoins ont dit ne le savoir de ce enquis et interpellés" [3E14348 (Me Crochet) -- Mention dans 3E14366, en ligne vue 158/811].
Contrat de mariage en date du 5 novembre 1782, entre Jean Poischetal natif d'Aukschetal paroisse de Fiechte, province de Tirolle en Empire, coupeur de bois résident à la verrerie du Cret, et Claudine Gros journalière de la grange de la Charbonnière paroisse de Chezery, fille mineure de Claude Gros. En présence de Mtre Jean Isidore Caire huissier Royal à Chatillon et Sr Joseph Neuvesel directeur à la verrerie de La Porte du Seix en Suisse et de Jacques Cohin ouvrier coupeur de bois à la verrerie du Crest [3E17399 (Me Rendu)].
Conventions entre sieur Pierre François Caire, marchand de Chatillon, et Laurent Dujoux fabriquant de salin, le 14 fevrier 1791 [3E14366, f° 46 (Me Crochet, vue 436/811)]. Notons que les salins sont des sels, que l'on mélange au sable pour améliorer les verres blancs, lesquels peuvent s'obtenir à partir des cendres provenant des bois jadis utilisées d'abord pour les lessives [Guide du verrier, par G. Bontemps, 1868]. Il est présumé que cette transaction était liée à la verrerie du Crêt.
Nos informations s'arrêtent sur un heureux mariage en 1782 et une mention d'usage de salin en 1791. Le fonctionnement de cette dernière verrerie de Chézery semble s'arrêter peu après, ou perdurer jusqu'au décès de Pierre-François Caire, provenu le 7 septembre 1808 à Châtillon en Michaille, âgé de 82 ans.
Source : Carte de Darçon : IGN, CH 203, planches 34, 37 et 38 (montage numérique, et nord reconstitué, par GL).
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Mme Daiguemorte, Michel Blanc, Claude Blanc (Wegscheid).
Première publication le 10 octobre 2018. Dernière mise à jour de cette page, idem.