| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
L'église des Magras n'exista que comme projet, à construire sur une parcelle à la limite Chézery/Champfromier, non loin de la Borne au Lion.
Le chanoine Vuillermoz nous a décrit en détails la naissance de la paroisse de La Pesse. Résumons. Sous l'Ancien Régime, la paroisse des Bouchoux (Jura), limitrophe de celle de Champfromier (Ain), était d'une étendue considérable, avec un habitat et de nombreuses granges isolées. Pour les habitants de la région haute (à l'est de la chaîne des Couloirs, actuellement La Pesse), il leur était long et pénible, en particulier l’hiver, de se rendre à l’office à l’église des Bouchoux, administrée par le curé Chavin. Après de multiples démarches et pétitions, ils construisirent une nouvelle église (1822), et ce, malgré la volonté du curé de s'opposer à toute scission de sa paroisse.
Le 28 octobre 1831 l’église de La Pesse était solennellement bénite.
Le 8 février 1832 une ordonnance royale, de Louis Philippe, donnait acte de la scission de la commune des Bouchoux d'avec la partie haute, laquelle était érigée en une commune séparée sous le nom de Hautes-Molunes.
Le chanoine Vuillermoz ajoute que cependant le curé Chavin n’avait pas encore dit son dernier mot. Toujours hostile à cette transformation, il avait envisagé la construction d'une église aux Magras, et les premiers travaux avaient commencé dès 1835. L’évêque de Belley avait donné son accord, et même promis une somme de 3.000 francs. Mais l’entreprise échoua. Il en reste une maison où habita Marius Blanc, demeure que l’on appelait, la Maison du Bon Dieu, non en référence à l'église, mais au bon accueil. Toujours debout, construite sur les fondations même de cette église, le sol de la cuisine était, dit-on, couvert des dalles qui étaient destinées au chœur.
On dispose cependant d'une tradition orale, qui nuance un peu ces propos. La maison que les anciens appelaient celle du Bon Dieu, en contrebas de la Borne au Lion quand on regarde en direction du Crêt de Chalam, appartient actuellement à la famille Sauthier.
En juillet 2011, suite à la découverte de la borne des Ramblan, Ghislain Lancel avais recueilli les propos de Gaston, l'oncle maternel. La gravure du linteau de la porte d'entrée "BJ 1850" est attribué à Jean-Marie (Jean) Blanc, le grand père de Marius.

"Cette maison a une histoire, liée à une église qui se trouvait à 100 mètres plus au nord, sur un replat encore apparent. Chézery avait une église, mais pas Forens. Il fut donc prévu de construire à cet endroit une église pour Forens, puisque les habitants étaient nombreux à proximité dans les fermes isolées. Les fondations furent construites, et il en reste peut-être pour témoignage la cave, encore dite par les anciens "la Sacristie" où une croix en bois reste clouée sur la porte d’entrée. Mais le prêtre mourut, ou les directives changèrent. La parcelle fut vendue à des privés. A ce moment-là, la ferme qui était alors un peu plus au nord brûla et les pierres furent utilisées en remploi pour la maison actuelle".

Selon la tradition orale, la maison actuelle, de 1850, en remplaça une autre, voisine, dont on voit encore l'emplacement plat et rectangulaire à quelques décamètres au nord. Elle brûla, sans que ce soit peut-être un accident... A l'époque on parlait de peste... En fait c'était une maladie des ovins, celle de la "langue bleue" (fièvre catarrhale ovine), et l'on craignait que tous les bovins en soient contaminés. La peur en est si ancrée que, en ces lieux, on n'y voit plus jamais un troupeau de moutons voisiner avec des vaches !
Source : Deux villages en parenté, La Pesse-Les Bouchoux, par le chanoine André Vuillermoz, 1995 (pp. 417-434, dont Magras p. 433).
Publication : Ghislain Lancel. Remerciements : Claude Blanc (68290 Wegscheid) ; Thierry Sauthier et Gaston Malley. Clichés G. Lancel (11 et 24 juillet 2011).
Première publication, le 24 janvier 2018. Dernière mise à jour de cette page, idem.