Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

La galerie de la Chèvre, à Giron

 

La galerie de la Chèvre, alias le Tunnel de la Chèvre, ou encore la Grotte secrète, à Giron, n'est pas une cavité naturelle, puisqu'elle fut entièrement creusée par l'homme. Les spéléologues l'ont néanmoins répertoriée, dans l'espace global dit de la Forêt de Champfromier, FC 86 (avant l'entrée de Giron, en venant de Champfromier, non loin de la limite communale entre ces deux territoires, au lieu-dit La Chèvre). Elle avait été creusée à la demande de la municipalité de Giron, pour y trouver de l'eau, et avait été positionnée à cet endroit par un prospecteur hydrologue. De nos jours encore un ruisseau passe sous la chaussée (avant Giron, quand on arrive de Champfromier), et il y avait une logique à en rechercher sa source dans la coline, en amont de cet écoulement...

La première topographie connue de cette galerie date de 1991.

Giron, galerie de la Chèvre

Cette galerie conserve encore des traverses en bois et le haut d'un wagonnet qui avait permis de déblayer la roche extraite à droite de la sortie. Au fond, la galerie arrive dans des marnes, ce qui avait nécessité de l'étayer (à cause des dangereux éboulements) et ... convaincu de stopper son creusement sans arriver à la source d'eau espérée !

Giron, galerie de la Chèvre Giron, galerie de la Chèvre
La galerie et le wagonnet, les marnes étayées

Naturellement la vie s'est développée dans cette galerie, mais on n'y trouve pas nécessairement ce que tout le monde souhaiterait... Fantôme blanc aux pattes multiples, et araignée bien vivante...

Giron, galerie de la Chèvre Giron, galerie de la Chèvre
Un mâle de Meta menardi ; un opilion ?

A gauche, ce pourrait être un mâle de Meta menardi ; c'est une araignée qu'on trouve dans les grottes, elle n'est pas commune mais est très répandue en France. A droite, c'est bien une structure biologique, c'était vraisemblablement, au départ, non une araignée mais un opilion, pris maintenant dans une gangue de moisissure...

 

Historique (1931/32)

Les registres des délibérations de Giron nous en apprennent un peu plus sur les circonstances du creusement de cette galerie. Giron n'a pas source d'eau suffisante sur son territoire. En 1931 la municipalité, Mr Garbit, le maire bien connu pour avoir été l'ancien Gouverneur de Madagascar, décide de faire appel à des professionnels pour trouver une source susceptible d'alimenter la commune en eau potable. Monsieur J. Pierreton est un prospecteur hydrologue qui avait fait ses preuves aux Echelles, en Savoie. Du 13 au 15 juillet 1931, il prospecte sur le territoire de la commune, et désigne un endroit, au lieu-dit La Chèvre, où l'eau jaillira ! Aussitôt, par délibération du 19 juillet 1931, la commune passe un contrat avec une entreprise, qui avait déjà travaillé avec l'hydrologue, celle de Mr Verdosa, entrepreneur de Travaux Publics à Paris. Creusée à la cote 1050 mètres, la galerie aura une hauteur de 1,70 m pour une largeur de 1,30 m, et une pente de 3 millimètres par mètre afin d'obtenir un écoulement naturel de l'eau. Le débit souhaité est de 6 litres par seconde, et le marché sera nul et non avenu si le débit se révélait inférieur à 2 L/s. L'eau devra être potable. Le paiement se fera en trois termes dont le premier un mois après le jaillissement de l'eau. La durée des travaux ne devra pas excéder six mois. Une autorisation est donnée pour entreposer les explosifs nécessaires (moins de 50 kg).

Les travaux commencent donc. Les pierres seront transportées dans la galerie en utilisant un wagonnet sur rails et seront déblayées à droite en sortant de la galerie (il en reste une plateforme de 30 mètres). Tout allait bien, sauf que de nombreux courriers montraient que l'entreprise était en difficulté... Et à Giron, le pire restait à venir, l'eau n'a jamais été trouvée... Par délibération du 30 juillet 1933, la municipalité de Giron décida donc la déchéance de Mr Verdosa : pas un sous déboursé, mais pas d'eau non plus...

C'est à la suite de cet échec que la commune de Giron acheta une source à la Combe d'Evuaz (commune de Champfromier), bien réelle celle là, et toujours productive malgré un trajet de plus de 7 km !

 

Crédit photographique : Ursula Rhyner et Michel Gallice (plan topographique), Ghislain Lancel (galerie, marnes étayées, araignée vivante), Marc Beltrami (opilion). Remerciements aux spéléos de la Forêt de Champfromier (Thierry Tournier et toute l'équipe), à Roger Fillon et à Françoise Drouart (la spécialiste régionale des araignées), à Jean-Jacques Humbert de Giron (extrait des registres municipaux).

Première publication le 29 avril 2013. Dernière mise à jour de cette page, le 2 mars 2017.

 

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