Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Louis Hottlet, résistant fusillé (le 9 avril 1944)
après le Combat de Montanges du 8 avril

 


Louis Hottlet (1926-1944)

Il y a 70 ans, était assassiné par les allemands sur la route de Avalanches de la commune de Champfromier (Ain) le résistant Louis Hottlet, âgé de 18 ans. Mort pour la France, Alfred Louis Hottlet était né à Chanay (Ain) le 30 mars 1926. Probablement tué dans la soirée du 9 avril 1944, son corps n'avait été retrouvé que le 11 avril, "la mort paraissant remonter à 36 heures environ".

Louis Hottlet s'engage dans la résistance

Albert Hottlet, son frère alors âgé de 13 ans, témoigne. Quatrième enfant d'une fratrie de onze enfants, il avait été élevé, comme ses frères aînés, par son énergique grand-mère maternelle dans la ferme de Bocconod (commune de Chanay, Ain). Ayant quitté l'école à 14 ans, il avait été embauché comme bûcheron au col de Richemont (par la Société des Carburants Français) pour la fabrication de charbon de bois. La dernière charbonnière traditionnelle fut réalisée en 1938 (puis on utilisa des fours en métal). La guerre étant déclarée, ce lieu accueilli des Chantiers de Jeunesse en 1941. C'est probablement lors de la coupe de bois que Louis a rencontré le lieutenant Legrand, lequel était installé à Hotonnes, le premier camp des Maquis de l'Ain.

En 1943 Legrand rallie Romans-Petit à la tête des Maquis de l'Ain. Charly Girel, l'un des maquisards se souvient de l'intrépide Louis Hottlet et de l'un de ses premiers faits d'armes : « Je me souviens de lui en 1943, c'était un grand gaillard, un brave gars, et il en voulait. Il était intrépide et il ne voyait pas le danger. Un soir [à Chanay], il y a eu une répétition d'un groupe de théâtre, c'était en mars 1943 et Monsieur Ackermann avait prêté son garage. J'y étais allé moi aussi mais je ne répétais pas la pièce. J'ai bien vu Louis derrière les autres qui répétaient, il était facile à repérer car il était plus grand que les autres. Je me suis demandé ce qu'il faisait là. A un moment donné, j'ai vu qu'il tournait autour des voitures que Monsieur Ackermann avait remisées dans le fond du garage pour qu'il y ait de la place pour répéter. Il les regardait vraiment de près. Ensuite, je ne l'ai plus vu. Le lendemain, deux voitures avaient disparu du garage. On a tous compris dans le village que c'était Louis qui avait renseigné les maquisards pour les voler ! Après cette époque-là, on ne l'a plus vu ».

Louis était certainement du célèbre défilé provocateur du 11 novembre 1943 à Oyonnax.

Début février 1944, les allemands organisent une vaste opération, l'opération Caporal, qui visait le Haut Bugey et le Valromey, région montagneuse située à l'ouest du Rhône entre Ambérieu-en-Bugey, Ruffieu, Bellegarde-sur-Valserine, Nantua et Poncin. Cette région avait été divisée en deux zones d'intervention, dites "Zones de nettoyage A et B". Suite à l'occupation du village d'Hotonnes le 6 février, Paul de Vanssay, alias Minet, qui avait pris la succession du lieutenant Jean-Pierre de Lassus (alias Legrand), ordonne aux maquisards d'évacuer Pré-Carré vers Saint-Germain-de-Joux et Echallon. La ferme de Pré-Carré avait la particularité, que les anciens se plaisent encore à évoquer, que son centre se trouvait exactement à la limite de quatre communes (Lhôpital et Chanay, Hotonnes et Songieu), quatre cantons et de deux régions (Bugey et Valromey) ! Cette ferme fut incendiée le 7 février par les Allemands. Obéissant à l'ordre de repli, le caporal Louis Hottlet, quitte Pré-Carré avec son groupe de six hommes. Malgré une épaisse couche de neige, il parvient à rejoindre Buclaloup dans la Combe d'Evuaz, au-dessus de Champfromier, sans se perdre. Pour la plupart les hommes de ce Maquis-Lorraine ne connaissaient pas la région. S'adapter à l'altitude (1200 mètres), au froid et à la neige fut une épreuve.

Buclaloup était une grange de la forêt de Champfromier, délaissée par les Bonneville depuis les années 1926/31 pour une ferme aux hivers plus faciles à supporter (au Potachet). Cette ferme se trouvait à proximité de celle de La Caserne, dite aussi "Maison de secours", celle-ci ayant été de même abandonnée par ses anciens cultivateurs. C'est dans cette dernière grange que stationnait le camp Richard. De ces deux habitations voisines, il ne reste plus de nos jours que quelques ruines, tout juste encore visibles pour Buclaloup.

Gilbert Grenard, qui fut en son temps le dernier habitant permanent de la Combe d'Evuaz (dernière maison de la route Est de cette combe avant le Jura), se souvenait très bien que Louis était venu avec Minet lui demander qu'il fasse cuire le pain pour nourrir les gars de ce camp situé sous le Crêt de Chalam, ce qu'il avait accepté bien volontiers, malgré les risques encourus évidents. Ce four existe encore, en face de la maison.

Marceau Pacquotte apportera aussi un témoignage après guerre (lettre du 22 mars 1946) : « Faisant partie de l’A.S. sous les ordres du Chef de Secteur Fenestraz, j'ai connu le jeune Hottlet Louis lors du décrochage du maquis du Pré Carré; il fit preuve à ce moment de beaucoup de courage et d'initiative. Au parachutage du 4 mars 1944, il était avec moi, il se dépensa sans compter. Toujours volontaire il rejoignit le groupe du lieutenant Minet rassemblé à la Pesse. Le lieutenant Minet m'avait fait à diverses reprises des éloges de cette jeune recrue. »

Chef de l’A.S. de Bellegarde (Secteur Cristal 4), Edmond Fenestraz témoigne avec éloge de l'engagement de Louis dans la Résistance en mars 1944 : « Je suis heureux de pouvoir répondre à votre demande d'apprendre quelques détails sur l'activité de votre fils dans la résistance avant les tragiques évènements du 8 avril 1944.

L'épisode que je veux vous relater se situe quelques jours à peine après le drame des Lades, où une section du groupe Minet auquel appartenait votre fils, avait été exterminée par les Allemands. Le lendemain du drame, nous apprenions, par l'unique rescapé que nous avions recueilli, qu'une certaine quantité d'armes avaient été jetées dans les gorges du Rhône et que les Allemands ne les avaient pas vues.

Vérification faite, nous avons averti le lieutenant Minet et c'est votre fils et son camarade Letienne qui furent chargés de les récupérer. Ces deux jeunes gens venus à pied de leur campement de Buclaloup situé à plus de 25 kilomètres, arrivèrent très fatigués et après avoir été réconfortés, furent conduits sur les lieux. Ils devaient attendre l'arrivée d'une équipe venant par camion.

Les armes avaient été groupées et cachées par nos soins au pied de la falaise et il fallait descendre à la corde plus de 15 mètres pour les approcher. Pour des raisons inconnues, le camion ne vint pas et c'est ici que se situe le magnifique travail accompli par votre fils et son camarade. Ces deux gosses, assommés de fatigue, n'hésitèrent pas à entreprendre une tâche qui paraissait impossible.

Pour que leur mission fût remplie, dans une obscurité absolue, Hottlet n'hésita pas à descendre dans le vide et, après des recherches longtemps infructueuses, trouva enfin les armes et, l'un après l'autre, fusils et mitraillettes (35, si mes souvenirs sont précis) furent remontés à la corde.

De là, ils les transportèrent sur la route de Billiat à Genissiat, soit près de 2 kilomètres à travers bois et ravins, et les cachèrent dans les fourrés. Ce n'est qu'au lever du jour que les camions purent les rejoindre. Pour qui connaît les lieux, c'est là un exploit extraordinaire.

Qu'il me soit permis de rappeler les paroles du lieutenant de Vanssay (Minet) leur chef, parlant de votre fils, et ce serait sa plus belle citation « Hottlet est un gars admirable, qui fait un travail extraordinaire, toujours volontaire, toujours de bonne humeur, malgré tous les coups durs, c'est mon meilleur homme. » Vous savez combien j'estimais votre fils que j'avais pu apprécier, ayant été mêlé d'assez près aux évènements que nous connaissons, et je serais heureux si son sacrifice pouvait être reconnu.

Je reste à votre disposition pour attester la véracité des faits cités plus haut, et vous prie de croire, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs. » [Correspondance adressée au père de Louis, le 13 février 1945].

Le combat de Montanges (8 avril 1944)

Deux mois après l'opération Caporal, commençait la deuxième de trois opérations allemandes. Du 7 au 18 avril 1944, l'opération Printemps se déroula dans la partie nord de l'arrondissement de Nantua et le sud du Jura. Au nord de la précédente zone d'intervention, dite zone de nettoyage B, elle visait les camps de la zone comprise entre Saint-Laurent, Clairvaux, Arinthod, Nantua, Bellegarde et Gex.

Louis Hottlet, rappelons le, était caporal des F.F.I et responsable d'un groupe de six hommes sous les ordres du lieutenant de Vanssay (Minet). Le 8 avril 1944, il faisait partie du groupe parti de Buclaloup dans 40 centimètres de neige, avec l'intention de dynamiter le tunnel de la Crotte à Trébillet. L'objectif de la Résistance était d'empêcher le passage de deux trains de déportés. C'est Minet qui commandait ce groupe de maquisards. Ce tunnel ferroviaire, anciennement en bordure de la route de Bellegarde à Nantua, n'existe plus, il a été ouvert récemment sur le dessus pour le passage du TGV.

Ce 8 avril, à une heure du matin, les maquisards passent sous les fenêtres du café Nicollet qui se trouvait non loin du Pont d'Enfer de Champfromier (à la sortie du village vers Chézery, actuelle route des Burgondes, après la maison aux arcades). Furent-ils alors vus et les allemands prévenus de leur arrivée, ou bien l'ennemi était-il déjà informé comme on le présumera plus tard ? En tous cas le groupe est pris pour cible par les allemands après avoir traversé la Semine au pont de Coz (Commune de Montanges) et doit rebrousser chemin. L'ouvrage Cristal 4, rappelle que M. Hubert Dreyer, alors résistant comprenant un peu l'allemand (Suisse), "résistant de Châtillon, a pu discuter avec les allemands qui avaient installé des armes lourdes près de sa ferme qui domine le site. Il affirme que dès leur arrivée, ils ont voulu protéger le tunnel de la Crotte qui était précisément l'objectif du lieutenant Minet et qu'ils déclaraient attendre la venue des maquisards de la direction de Montanges". Les allemands auraient donc été informés avant Minet lui-même qui, la veille, avait fait l'aller-retour à pieds à Oyonnax pour avoir des compléments d'information. Informés ou pas, les allemands étaient alors en action dans cette région et bien entendu le tunnel de la Crotte et le pont de Coz étaient des lieux de passages convoités par tous.

Le combat de Montanges est bien connu par la publication Cristal 4, on ne le relatera pas à nouveau. Rappelons seulement qu'au cours d'un combat sévère, onze maquisards sont tués, dont Minet lui-même. Selon Gilbert Gonthier, Louis Hottlet tente de s'échapper après le combat, en compagnie d'un groupe des six rescapés conduits par Paul Satin, mais il est arrêté, seul, à Communal, hameau de Champfromier. Une information, bien que non datée devrait se situer ce jour là et très peu de temps après la capture de Louis et de ses camarades ; elle est donnée par Martial Nicollet de Champfromier : "Un jour que je redescendais d'une coupe [de bois] au Roc à l'Aigle avec Maurice Grenard et Robert Famy, les allemands ont fait feu sur nous. Ils nous ont emmenés vers chez Prost [Rue de l'Eglise] où attendait un camion. Heureusement, nous avions des papiers en règle. Après vérification des documents, nous avons été relâchés. Au fond du camion, des maquisards étaient attachés dont le jeune Hotlet. Nous fîmes comme si nous ne les connaissions pas" [Les Moissons de la Mémoire, Champfromier, p. 156]. Louis est ensuite emprisonné à Saint-Germain-de-Joux, battu et torturé avec d'autres camarades. On rapporte aussi que ces captifs furent exposés sur le seuil de la porte et que d'autres résistants capturés furent attachés aux ridelles à l'arrière d'un camion militaire pour être exhibés dans les villages avoisinants, dont Louis Hottlet à Bellegarde (son lieu de résidence), avant, pour certains, d'être exécutés au retour à Saint-Germain-de-Joux.

Ce dernier fait, en tous cas est attesté par une plaque au cimetière de Montanges qui rappelle les noms de cinq fusillés à St-Germain : Asp. Jean Parriel, Paul Buillard, René Giganot, Simon Girod et Robert Maison, noms auxquels s'ajoutera celui d'Alfred-Louis Hottlet à Champfromier.

En effet, le lendemain du Combat de Montanges, le 9 avril au même café Nicollet, la patronne voit cette fois passer un jeune du maquis – on saura plus tard qu'il s'agit de Louis Hottlet – attaché le dos contre la cabine d'un camion allemand. Elle se lamente : « J'ai bien peur qu'il ne revienne pas, ce petit gars ! ». Le camion prendra ensuite la route des Avalanches, en direction du Crêt-de-Chalam, le repère des résistants.

A Montanges, on compte les morts des combats de la veille. Le registre des décès consigne que le 9 avril, "sur invitation des autorités allemandes d’occupation, tendant à relever les corps de leurs victimes tuées au combat du 8 avril pour les inhumer à Montanges, nous nous sommes transportés au lieu-dit Etraz [à droite en descendant vers le pont de Coz] où nous avons constaté le décès de 7 individus du sexe masculin dans l’identité n’a pu être établie, et les avons numérotés de 1 à 7 en vue d’une reconnaissance ultérieure par leur famille. Puis nous nous sommes transportés au lieu-dit La Bâtie [sur le plateau, entre Montanges et la jonction de la Valserine avec la Semine] où nous avons constaté le décès de 3 individus (...)". Le lendemain 10 avril un onzième corps (celui de Lucien Tavel) sera retrouvé au lieu-dit Sous les Mollards (à droite en descendant avant le Pont des Pierres).

Les anciens de Montanges se souviennent qu’Alphonse Bornet et Gaston son fils étaient allés chercher les corps et les avaient ramenés, allongés à plat sur un char à foin tiré par un cheval. Il fut observé que les corps, dont celui de Minet, avaient été achevés par les allemands. Léon Ballet, menuisier (et futur maire), eut bien de la peine à réaliser tant de cercueils, onze en une fois... Christiane Martin, enfant de Champfromier qui habitait alors en face de l’église de Montanges se souvient aussi avec émotion que par hasard elle se trouvait là lorsque le char funèbre est arrivé devant l’église avec les corps recouverts par une bâche mais des bras pendant sur les bords... La veille elle avait nettement entendu les détonations alors qu’elle jouait insouciante sur la route qui monte derrière le château, mais elle n’avait pas eu conscience que les balles des puissantes armes auraient pu l'atteindre aussi. Les corps furent placés au presbytère en attendant de les inhumer le lendemain, en présence de quelques personnes et du curé Pochet de Champfromier. Louis Merme, maire de Montanges, décida de les enterrer au-dessous du mur de clôture du cimetière, côté est, regroupés afin qu’ils restent ensemble dans la mort comme dans la vie.

Plus tard les corps seront officiellement identifiés par procédure judicaire, en général sur les témoignages de ceux qui avaient reconnus les morts lors de l'inhumation, ou à partir des signalements minutieux portés pour chacun d'eux dans le registre des décès. Parmi les onze hommes identifiés se trouve Paul de Vanssay dit Minet, leur chef bien connu. Par contre l'un d'entre eux restera inconnu à jamais... Les autres sont Lucien Tavel, Arsène Favre, Georges Vénière, Jean Bombardier, Marcel Tavel, Jean Jollivet, Roger Moureaux, Pierre Letienne et André Jost. André Jost, tué aux Etraz, avait fuit la Lorraine occupée avec sa famille pour trouver un habitat à Champfromier, à l’ONU, et un emploi pour ses fils, à la scierie.

Le corps de Paul Hottlet n'est retrouvé que le 11 avril, dans la montée des Avalanches à Champfromier, près d'un gros fayard (100 mètres plus bas que la stèle actuelle). Là aussi le registre témoigne : "L’an 1944, le 11 avril, nous, Chappuis Marius, maire de Champfromier, Canton de Bellegarde, Département de l’Ain, Officier de l’État Civil, avisé de la découverte d’un corps sur le Chemin des Avalanches au lieu-dit « Le Buisson », par autorisation des Autorités Occupantes, nous sommes rendus au dit lieu, où nous avons trouvé un homme étendu sur le chemin, le crane fracassé par une arme à feu à bout portant et le front tuméfié par un objet contendant, la mort paraissant remonter à 36 heures environ [le 9 avril], avons procédé à la fouille de ses vêtements qui n’a donné aucun résultat permettant d’en établir l’identité. Seul un insigne sportif de rugby était accroché à la ceinture. [Fait] en présence de Thomasset Charles, âgé de trente quatre ans, cantonnier, demeurant à Champfromier, et de Ducret Charles, âgé de quarante ans, cultivateur à Champfromier, témoins, qui après lecture faite ont signé avec nous, Chappuis Marius, Maire de Champfromier."

Suit son signalement : " Dressé le douze avril 1944, l’acte de décès d’un inconnu dont le signalement est ci-annexé : âgé de vingt ans environ, forte corpulence, taille un mètre quatre-vingt, large visage, grand front, petit nez légèrement écrasé, imberbe, longs cheveux châtain foncés. Signe particulier : mutilation de l’extrémité du pouce gauche, vêtu d’une tenue de Camp de Jeunesse sur un costume marron clair. Chemise gris vert, souliers militaires usagés. [Signé : Chapuis, Ducret, Thomasset]". Des mentions marginales puis un acte d'identification préciserons ultérieurement qu'il s'agit bien d'Alfred Louis Hottlet, né à Chanay le 30 mars 1926, Mort pour la France.

Son corps sera ramené au cimetière de Champfromier, probablement pour y être placé en attente dans le petit bâtiment (au fond à droite) qui servait à la garde des corps lorsque le sol du cimetière était trop gelé en hiver pour pouvoir y creuser des fosses. Une femme, de Bellegarde, prit à ce moment quelques photos. On y reconnait bien le petit bâtiment, et les croix en fer voisines (alors recouvertes de croix et ornements en perles). Le fossoyeur est l'Henry Nance (Henry Ducret-Nance).

 

  
Louis Hottlet, au cimetière de Champfromier (près du cabanon, au fond à droite)

Il n'est pas certain que Louis Hottlet ait été inhumé à Champfromier, mais plus probablement à Montanges, en compagnie des autres résistants morts comme lui dans le combat de Montanges. Il fut ensuite exhumé et son corps est actuellement à Chanay dans le caveau familial.

Bien après les faits, la presse s'est faite l'écho de récits concernant le moment de l'exécution et des mutilations. Naturellement personne sauf les allemands n'était présent pour voir l'exécution, encore moins pour entendre les paroles prononcées. Quant aux mutilations, le signalement de l'acte de décès de la mairie ne rapporte que celle de l'extrémité du pouce gauche, et la famille rappelle que Louis se l'était faite bien avant la guerre, accidentellement, probablement en fendant du bois sur un billot. La braguette du pantalon est ouverte (voir photo) mais, de l'avis de la famille, personne n'est allé voir si ce que l'on a écrit est justifié.

D'autres questions restent sans réponse : Pourquoi Louis a-t-il été séparé des autres prisonniers de St-Germain ? Pourquoi le camion allemand s'est-il arrêté au gros fayard ? Sur ce dernier point, tentons une réponse, celle que la route des Avalanches aurait encore été trop enneigée à partir de cet endroit pour que les allemands puissent continuer leur route vers les Sauges en camion ? On l'a encore observé en 2014, deux semaines plus tôt, mais avec un hiver bien moins rigoureux qu'en 1943/44)

Plusieurs stèles furent érigées pour le souvenir de nos Morts pour la France lors de ce combat de Montanges, l'une est au sommet de la côte de Trébillet avant Montanges, une autre est en plein champ, dans la même direction, lieu-dit de Montanges, pour Paul de Vanssay, et une aussi pour le souvenir de Louis Hottlet, route des Avalanches à Champfromier. Signalons aussi les plaques et tombes groupées à l'entrée du cimetière de Montanges. La stèle Hottlet est toujours entretenue par la municipalité et une cérémonie du souvenir s'y déroule encore chaque année. Signalons que la stèle se trouvait initialement à 100 mètres environ plus bas, en face du fayard ou Louis avait été exécuté. Pour cause d'élargissement de la chaussée, elle fut déplacée en un renfoncement de la route là où elle est dorénavant.

A titre posthume, Louis, Mort pour la France, sera décoré de cinq médailles, dont la Croix de Guerre avec étoile de vermeil le 30 décembre 1947 avec une citation à l'ordre du Corps d'Armée (décision n° 740). Pour l'anecdote, signalons qu'il reçut les mêmes médailles que son père (sauf celle de la Belgique), mais à une guerre d'écart, son père s'étant engagé lors de la Première guerre mondiale !

Le 9 avril 1944, Louis n'avait eu 18 ans que depuis une dizaine de jours.

 

Les représailles envers les résistants ne se limitèrent pas à l'élimination des hommes, et pas seulement à ce 8 avril. Plusieurs granges de Champfromier, lieux présumés d'hébergements clandestins, furent incendiées. Concernant Champfromier, dans l'après-midi du 9 avril 1944, il semble qu'il n'y ait eu que la grange des Sauges (Forêt de Champfromier) qui brûla, Gilbert Grenard était formel. Les 22 granges brûlées à la Combe du Collet (Montanges et Champfromier) ne furent la proie des flammes que les 13 et 14 avril. Mais juillet fut aussi un mois de représailles de grande ampleur. Le 11 juillet a lieu une autre terrible bataille à Trébillet (5 hommes du maquis tués et une centaine de morts parmi les allemands). D'autres granges sont incendiées derrière Monnetier et 3 patriotes sont tués le 14 juillet 1944 à Champfromier.

 

Voir les compléments concernant le Combat de Montanges du 8 avril 1944, dans le Réveil Patriotique du 6 avril 1945 (date anniversaire, récit complet en première page, par M. Ballet, de Montanges), dans Cristal 4, p. 46 (Aller-retour à pied à Oyonnax la veille par Minet pour complément d'informations, passage du Pont de Coz et repli, les habitants de la ferme des Etraz à Montanges pris entre deux feux, allusion aux Allemands informés et protégeant le tunnel de la Crotte).

 

Publication en partie inédite (photographies et documents d'archives municipales locales) par Ghislain Lancel. Documents familiaux et photographies aimablement mis à disposition par Alfred Hottlet (frère de Louis, demeurant à Chanay), avec nos remerciements.

Première publication prévue le 9 avril 2014. Dernière mise à jour de cette page, le 25 mai 2014.

 

<< Retour : Accueil, Guerres