Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Les Burgondes à Champfromier (vers 405-534)

Les Burgondes (405-534) semblent avoir laissé des témoignages de leur présence à Champfromier mais des confirmations par des archéologues contemporains manquent. Champfromier a nommé sa rue principale Rue des Burgondes, en se référant au fait qu'en 1891 on fit la découverte d'un cimetière dit burgonde [Histoire des communes, p. 106]. Depuis cette époque quelques très rares découvertes archéologiques occasionnelles pourraient aussi dater des Burgondes.

Voyons d'abord des publications générales, avant de revenir à Champfromier.

Dans la revue de la Société savante le Bugey, il n'y a aucun article spécifique sur Champfromier, toutefois voici quelques références sur les Burgondes en général :

1)      Dans le numéro 91 de 2004 une quarantaine de pages avec une bibliographie étendue, du Docteur JOUD « Le sang des Burgondes, de la maladie à l’histoire »

2)      Dans le numéro 38 de 1952 une soixantaine de pages avec aussi une bibliographie, de Paul PERCEVEAUX « Petite histoire des Burgondes et de leur venue dans les pays du Bugey »

Dans le pré-inventaire du canton de Virieu le Grand, commune de Vongnes, un cimetière burgonde est mentionné, avec référence au « Bulletin de la Société des Naturalistes de l’Ain n°20/1907, Michel THOMAS, Vice-président.

 

Les publications et livres concernant les Burgondes à Champfromier...

Le texte auquel l'on se réfère le plus souvent pour affirmer la présence des Burgondes à Champfromier est une page de la publication faite sur Champfromier par le chanoine Joseph Tournier dans la Revue Gorini n° 39 (juillet 1913), pages 219-236 ; publication reprise mot pour mot dans l'Introduction de l'histoire de Champfromier de 1918 (sauf les deux tout premiers paragraphes ajoutés comme autres hypothèses sur l'étymologie de Champfromier, page V), et dont on apprend, la découverte de dalles renfermant des squelettes à La Grillonière, attribués aux Burgondes, et plus précisément en 1891 d'un tombeau décrit en détail (pages XIX-XX). Ces découvertes sont reprises en 1921 par J. Hannezo qui se contente de citer quelques sépultures sous dalles retrouvées au lieu-dit La Grillonière [Chézery..., page 11].

Mais le document le plus ancien serait celui cité dans la Carte Archéologique de la Gaule, 1990 [En partie sur le web] : "21 - Champfromier (INSEE n° 81). Sur la place de l'église, lors de travaux, on a trouvé une tombe en dalles, de forme trapézoïdale, renfermant deux squelettes chacun avec une pierre sous la tête : [Abbé] F. Marchand, Etudes archéologiques, dans ASEA [Annales de la Société d'Émulation de l'Ain], 1906, p. 319", qui ne mentionne pas l'époque burgonde.

A signaler que vers 1978, lors du remembrement, la famille Prost perdit la parcelle qui fait l’angle entre la Rue de l’Eglise et la route de Giron. Aussi, ils emportèrent avec un tracteur la grosse pierre levée qui était dite Burgonde (à moins que ce ne soit seulement un bloc erratique d’origine glacière), et qui se trouvait juste au coin (sur la pelouse devant la haie Tournier). Ils l’emportèrent près de leur hangar du chemin du Moulin Dernier, où elle se trouve encore. Signalons aussi de très lourdes dalles plates qui délimitaient le bord de cette Rue de l’Eglise, derrière le caniveau, depuis la pierre levée jusqu’à 5 maisons environ en direction de l’église (niveau du noyer de l’autre côté de la route). Les Prost récupérèrent aussi ces très lourdes dalles. Elles sont empilées près de la route, sauf quelques-unes qui ont été réutilisées en clôture (l'une ayant un trou cylindrique qui ne doit rien à notre civilisation), presque en face de l’habitation Prost actuelle.

 

Histoire de Champfromier (1918)

Voici maintenant, tiré de Histoire de Champfromier, Abbé Genolin [Louis-Ernest Genolin, CI-6070] et chanoine Alloing (1918), le texte intégral le plus connu sur ce sujet :

 

« [p. XIX… (Préface par le chanoine Joseph Polycarpe Tournier, CI-6094)] D’après l’historien allemand Joeger, qui a écrit l’histoire des Burgondes, on retrouve dans les paysans du Jura deux caractères qui les rappellent : la haute taille et l’aptitude innée à travailler le bois ; il ajoute que dans toutes les fermes on trouve un banc de menuisier. Ces deux caractères s’appliquent assez bien à la population de Champfromier.

Mais l’influence burgonde a laissé des traces plus positives, des preuves archéologiques. A la Grillonière, dans les champs qui sont autour de la maison Ducret-médecin, on a trouvé, à [p. XX] différentes reprises, des dalles enfermant des squelettes. Un cimetière burgonde existait à cet emplacement.

En 1891, en cet endroit, on découvrit un tombeau avec dalles, qui heureusement ne fut pas détérioré ; il me fut facile de l’étudier et d’en prendre la description.

Les dalles, empruntées au calcaire jaunâtre du Jurassique inférieur, que l’on trouve en montant à Communal, formaient une caisse rectangulaire de 1m80 de long et de 0m40 de largeur. Vers la tête, la largeur dépassait 40 centimètres. Elles étaient cimentées dans les fentes par un mortier à la chaux, qui garnissait les interstices. Le tombeau était recouvert de dalles non cimentées et pouvant s’enlever à volonté ; il était orienté vers l’Est. Dans l’intérieur du tombeau étaient deux squelettes d’adultes, probablement l’homme et la femme. Sous la tête, les ensevelisseurs avaient placé une pierre. Dans les familles burgondes il n’y avait souvent qu’un tombeau unique qui s’ouvrait à chaque décès pour recevoir les membres de la famille. C’est ainsi qu’on trouve quelquefois plusieurs squelettes dans la même sépulture.

Dès que les Burgondes, qui étaient ariens et hérétiques, se convertirent, l’Eglise interdit cet usage qui n’était conforme ni aux règles de l’hygiène, ni au respect dû aux défunts.

Quoi qu’il en soit, nous avons dans ces sépultures la preuve que les Burgondes s’étaient établis d’une façon durable à Champfromier. Ils ont laissé leur empreinte, comme nous l’avons indiqué, dans la haute taille de certaines familles et dans l’aptitude à travailler le bois, qui est très spéciale à nos pays de Montagnes.

Depuis les Burgondes, le pays n’a pas subi d’invasions notables susceptibles de modifier le caractère de la race et les mœurs et aptitude des habitants.

Nous pouvons dire en résumé que la race de Champfromier est constituée par des éléments divers fournis primitivement par les chasseurs de Sous-Sac et les tribus de la pierre polie, qui apportèrent l’agriculture sur le plateau de la Michaille, par les populations celtique et ligure qui vinrent plus tard, par les Séquanais de l’époque gauloise et enfin les Romains qui occupèrent la Michaille pendant l’espace de cinq siècles après la conquête.

[p. XXI] Enfin, tous ces apports divers ont été profondément modifiés par l’invasion pacifique des Burgondes qui s’établirent définitivement dans le pays au Ve siècle ».

  Selon certaines sources, ce caveau serait dans un musée de Genève, et selon d'autres il serait encore sur place, recouvert de gravats. En tous cas, on conserve le souvenir de l'endroit de cet ancien tout petit cimetière dit Burgonde, il se trouvait à droite en descendant la rue de la Chapelle et se situait entre le niveau de la fin du mur de soutènement de l’ancien cimetière et la stèle. "A cet endroit rien ne poussait (pas de céréales), il n’y a pas de terre mais seulement des cailloux. Et si l’on essayait d’y planter des pommes de terre, on trouvait de nombreux ossements."

 

Publication : G. Lancel. Remerciements : Antoine Prost.

Première publication, le 7 janvier 2026. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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