Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Le nouveau Pont de Trébillet, à Montanges (1884)

 

Alors qu'à vol d'oiseau il n'y a que 2 kilomètres entre Châtillon-en-Michaille et Montanges, les automobilistes savent bien que pour passer de l'une à l'autre de ces deux localités il faut longuement longer la profonde vallée de la Semine jusqu'à ce qu'on puisse la traverser au pont de Trébillet, soit au total un trajet de 7 km. Le passage à cet endroit est certainement ancestral. La carte de Cassini, vers 1757, montre qu'un chemin traversait au niveau de "Turbillet" sans toutefois aller jusqu'au village de Montanges, et qu'une usine hydraulique (un moulin) se tenait un peu en amont, sur la Semine, utilisant l'énergie hydraulique produite par les deux cascades voisines.

La Semine délimite les communes de Montanges (rive gauche) et de Châtillon-en-Michaille (rive droite), en aval du pont, mais aussi un peu en amont.

Depuis un acte du 31 mars 1776, passé par-devant Me Jean-François Crochet, notaire à Montanges, et après délibération des paroissiens, "Montanges avait passé un traité avec le Sieur André Savarin, propriétaire à Trébillet, commune de Châtillon en Michaille (futur patron d'une usine en ce lieu), par lequel ils lui cédaient à titre d'abergeage, un canton d'environ 18 journaux que confine le ruisseau du Nant Blanc du levant, la rivière de Semine, les héritages du moulin de Trébillet du couchant, le chemin public de bise et la rivière du vent, à charge pour l'acquéreur de reconstruire incessamment le pont, de l'entretenir, et de le reconstruire à nouveau toutes les fois que le besoin l'exigera." D'après un plan joint à l'acte de 1884 où cet historique et les autres sont rappelés, la commune avait offert au Sieur Savarin des parcelles en aval, au Nant Blanc (n° 515-517) en compensation de "l'entretien perpétuel du pont".

Mr Savarin avait bien fait reconstruire le pont en bois, et l'avait bien entretenu. Plus tard, le terrain en amont de ce pont à remplacer avait appartenu à des Moine, puis à Amédée Crochet (qui s'était investi dans les plâtres) "qui en avait été adjudicataire moyennant 22.000 francs, le 17 juillet 1846, par expropriation forcée à la requête de Mr Jean-Louis Pauly contre Mr Jean-Antoine Moine et consorts, demeurant à la Crotte, commune de Châtillon en Michaille". Bientôt ce terrain était passé à la femme d'Amédée, "par adjudication au prix de 24.000 francs (payée aux créanciers) au Tribunal de Nantua le 14 avril 1848, par la folle enchère contre son mari". En 1884, veuve, elle possédait encore ce terrain.

C'est ainsi qu'un siècle après l'acquisition par Savarin, en 1884, Mme Louise Cadier, demeurant à Genève, 3 Chemin neuf, veuve de Mr Amédée Crochet, est sollicitée par le maire de "la municipalité de Montanges ayant l'intention de rectifier le chemin vicinal de Grande communication n° 14 dans la partie où il rejoint le Route nationale n° 84, afin d'adoucir la courbe qu'il fait sur le pont, propose d'aliéner et de céder à Mme veuve Crochet la partie dudit chemin comprise entre la Semine et la RN 84 en échange du terrain que cette dame fournira pour la rectification du chemin", ce qu'elle accepte par acte du 12 septembre 1884. Elle cède ainsi à Montanges, par échange, une surface de 36 a 50 ca prise dans la parcelle B 1161 qu'elle possède sur Châtillon en Michaille.

 

Pont de Trébillet Pont de Trébillet

 

Sur le plan général annexé à l'acte, il est fait mention des "Moulins de Trébillet" (au niveau des deux cascades) et de la parcelle voisine 498 appartenant à "François Pernod meunier à Trébillet". Depuis sous ces moulins jusqu'après le pont et longeant la rive gauche de la Semine, les parcelles sont dites de la "Société de la Fabrique" (513, 514 et 518).

Le plan détaillé, lui, montre bien l'ancien pont en gris et le nouveau pont en rouge reliant le chemin vicinal de Grande communication n° 14 (à gauche) et la Route nationale n° 84. Ils sont positionnés de part et d'autre de l'auberge-Maison Crochet (B 1163, qui n'est encore dite que maison appartenant à François Marie Moine, à l'état de 1832).

 

Source : AD01, 3E38348, Me Budin (acte 163)

Publication : Ghislain Lancel.

 

Première publication, le 20 septembre 2023. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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