| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Comme son nom l'indique un tour à bois permet de tourner des pièces en bois, autrement dit de réaliser des pièces en bois ayant un axe central de symétrie (barreaux de chaise, tuyaux de pipe, poignées de meubles, etc.).

Cet exemplaire de tour à bois est très rare, peut-être même unique dans la région, car ce n'est pas un tour de pipier (fabricant de pipes) encore assez fréquent dans le Jura mais un tour ordinaire, de ferme, permettant de réaliser les travaux usuels. Certainement fabriqué sur place, avec encore des traces de crayonnage pour sa réalisation, il pèse environ 50 kg, est entièrement chevillé et se démonte très facilement.
Un tour comprend un bâti supérieur constitué de deux lourds tasseaux parallèles sur lesquels une succession d'éléments peuvent coulisser de gauche à droite pour obtenir l'écartement souhaité en fonction de l'objet à réaliser. Chaque accessoire peut se bloquer ou se débloquer par en-dessous, d'un simple coup de maillet sur une grosse cheville. On trouve donc d'abord une paire de supports entre lesquels se trouve la poulie. Son axe traverse l'ensemble et sert aussi de "poupée fixe", c'est à dire d'arbre sur lequel est fixé un rudimentaire "mandrin" tenant la partie gauche de la pièce à tourner. Vient ensuite le support à main sur lequel on appuie les bédanes et gouges, ou une main du tourneur, support qui est immobilisé par une poignée, et non une cheville, car il doit être déplacé très souvent. A droite la "poupée mobile" comprend la contre-pointe tenant l'objet par la droite.
Les quatre pieds sont dissymétriques, ceux de derrière étant obliques pour que pédalier puisse avoir une amplitude plus importante. Le marchepied (la pédale) pivote en bas à l'arrière. A gauche, à l'avant, une manette (la seule pièce totalement vermoulue et remplacée sur cet exemplaire) comporte une encoche pour fixer la corde reliant ce marchepied à la bielle de la roue.
La roue motrice manque. On peut penser qu'elle ressemblait à celles qu'on peut encore voir dans les musées ou exposées de manière décorative en façade de particuliers (Belleydoux). Le tour se trouvait généralement devant une fenêtre (de maison ou de remise). La grande roue (1,20 mètre de diamètre) était suspendue au plafond et disposait d’un système de bielle comme sur une machine à coudre. Une corde reliant le pédalier du tour à la bielle de la grande roue du plafond faisait tourner celle-ci en actionnant le pédalier. La grande roue était reliée à la petite poulie du tour par une courroie en cuir, et compte tenu de la différence importante des diamètres, la petite poulie motrice de l'arbre du tour tournait très vite. Les deux extrémités de la sangle de cuir étaient percées d'un trou permettant le passage d'un petit bout de fil de fer replié en agrafe, afin de donner une forme de boucle à la courroie. Un téton mis sur un côté de la grande roue était placé de manière à remonter automatiquement en haut, lorsque l'ensemble bielle et roue était à vide, sans courroie. Ce téton permettait d’y accrocher une nouvelle courroie qui ainsi remontait d’elle-même en haut de la roue sous le plafond. Avec une simple pression elle prenait ensuite place dans la gorge de la roue. Sur les côtés de la roue deux poignées vissables permettaitent de monter ou descendre l'axe de la grande roue et ainsi de tendre la courroie. Un souvenir d'enfant : Martial avait utilisé le tour avec son grand-père, pour une initiation sur un objet très simple, une dent de râteau : "Pas si facile pour un enfant novice d’actionner en même temps le marchepied et de tenir l’outil pour fraiser la dent !"
Ce tour à marchepied n'utilisant que l'énergie humaine fut utilisé avant que les moteurs électriques ne révolutionnent le fonctionnement des matériels mécaniques domestiques.
Pour effectuer un axe creux avec une mèche à bois, il faut que la roue tourne en sens inverse. Pour cela, un tourneur sur corne, par exemple, détendra la courroie et la croisera en 8. Avec un tour de pipier, les engrenages du boîtier situé à gauche, par une action sur une simple petite manette arriverons au même résultat. Avec un tour ordinaire de ferme, c'est encore plus simple : toute personne qui a utilisé une machine à coudre à pédalier et qui a démarré à reculons... comprendra vite. Il suffit d'engendrer le sens de rotation d'un petit mouvement de la main sur la poulie pour qu'elle continue à tourner dans le même sens.
A propos du tour de pipier, il est temps de signaler les grandes différences : on note d'abord la présence d'un boîtier à gauche avec des manettes qui permettent de changer le sens de rotation, d'adapter la vitesse de sortie et, plus subtil, de réaliser des pas de vis ! L'autre grande différence est que l'on travaille en bout, on n'utilise pas la contre-pointe.
Les outils du tourneur (bédane, brunissoir, grain d'orge, ciseau, gouge, etc.) sont plus longs et plus épais que ceux du menuisier. Les manches sont aussi plus longs
Remerciements : Musée de la pipe, du diamant et du lapidaire de St-Claude (affiche). Crédit photographique : Ghislain Lancel (25/03/2011).
Première parution, le 2 juin 2026. Dernière mise à jour de cette page, idem.