| Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL |
Giron est de nos jours une commune à part entière, située entre Echallon à l'ouest et Champfromier à l'est. Par ses noms de rues actuelles, Rue de Giron-Devant et Rue de Giron-Derrière, elle conserve le souvenir d'un passé qui rattacha sa paroisse à Champfromier et à Echallon. Les plans napoléoniens de 1833 (environ) mettaient très bien en évidence ces deux parties du terroir, la section B (au sud, allant du hameau de Mure jusqu'au village de Giron) étant dénommée Giron-Devant, et la section A (au nord, vers Belleydoux) étant Giron-Derrière.
On ne sait pas, dans les temps anciens, où se rendaient les habitants de Giron pour baptiser leurs enfants ou se rendre aux offices religieux. On rapporte qu'au spirituel, Giron fut partagée entre Champfromier (qui accueillit Giron sud, dit Giron-Devant) et Echallon (Giron nord, dit Giron-Derrière). Mais leurs habitants ne sont pas nommés dans les premières visites paroissiales des lieux voisins. Cependant la visite de 1614, mentionne une chapelle, avec cense de 300 florins et deux charrées de foin, suivant un contrat du 20 septembre 1467, afin de n'être exposé à la privation des saints sacrements, attendu l'éloignement de la mère église [Transcription intégrale dans Genolin, p. 55] Le desservant est nommé par le curé de Champfromier. Mais des actes de baptêmes et de six décès (cependant avec au moins deux inhumations à Giron), seront encore attestés à Champfromier jusqu'en 1623... Malgré les contestations (du curé de Champfromier), il semble bien que ce soit en octobre 1623, après une visite pastorale de Mgr Jean-François de Sales, que Giron obtienne de fait une cure indépendante, même si aucune délimitation n'interviendra jamais... En 1668, Giron-Derrière, sans église ni chapelle, obtient de se réunir avec Giron-Devant.
Durant les trois siècles passés, Giron avait toujours cherché une indépendance religieuse totale, sans l'obtenir vraiment, et elle lui était encore refusée en 1767. Cette situation se prolongea jusqu'à la Révolution, le prêtre de Giron s'étant maintenu à Giron-Devant, et c'est alors que les paroisse et commune de Giron furent finalement totalement séparées de Champfromier, en 1790.
Signalons toutefois qu'au civil, et en particulier pour les rôles des tailles, Giron-Devant (ayant parfois son propre syndic cité) ne sera jamais dissocié de Champfromier, ce qui est attesté de 1678 jusqu'à la Révolution.
1467 (27 mai). "L'évêque autorise la chapelle de Giron sous le titre de paroissiale" [Mém. Acad. Salés., t. XI (1888), p. 310 -- Voir probablement ce document non consulté : AD74, 1G3 (Champfromier et Giron, Année 1467, folio 15v)]. On l'a interprêté ainsi : Giron se divise et Giron-Devant dépendra désormais (pour le spirituel, et certainement dès cette date aussi au civil) de la paroisse de Champfromier (et Giron-Derrière de celle d'Echallon) [Pré inv., p. 178].
1467 (20 septembre). Contrat de financement de la chapelle. Voir ci-dessus.
1501. Construction d'une chapelle, avec fondation de 60 florins de rente annuelle au curé de Champfromier, lequel "s’obligea de faire dire dans leur chapelle une messe les jours de dimanche et de fête, sous la condition expresse qu’ils (les paroissiens de Giron) viendraient faire leurs Pâques dans la Mère Eglise de Champfromier et qu’ils y assisteraient aux offices les quatre principales fêtes de fêtes de l’année" [AD74, 1G347].
De 1603 à 1623, on relève 28 actes de baptème d'enfants dont l'un au moins des parents est de Giron, qui sont baptisés à Champfromier. Sauf exceptions, dont l'une en 1624, il n'y a plus ensuite d'enfants de Giron baptisés à Champfromier. Ils le seraient donc à Giron, mais les actes manquent jusqu'en 1692...
1623 (20 octobre). Lors de sa visite pastorale, Monseigneur Jean-François de Sales (successeur du renommé François de Sales) est sensible aux souhaits répétés d'indépendance des paroissiens de Giron, et il leur accorde, sans aucune concertation, l'érection d'une cure, et pour ce, « de pourvoir dans deux ans au supplément qui pourrait être requis, pour la dotation de leur église paroissiale, outre les prémices que percevait ledit curé qui, dès à présent, demeurait affecté à leur dite chapelle, pour ce fait être procédé à l’érection de ladite cure et établissements nécessaires en icelle, et cependant enjoignit au Sieur Mermet, curé de Champfromier, de célébrer et faire célébrer la messe audit Giron tous les dimanches et fêtes commandées ». [AD74, 1G347].
1623 (20 octobre). Dans le même temps, Mgr Jean-François De Sales, institue Louis Evrard, premier prêtre de Giron [AD74, 1G347].
1624 (28 mars). Giron (Notre-Dame), est détaché de Champfromier [Mém. Acad. Salés., t. XI (1888), p. 310].
1625 (7 mai). Arrêt du parlement de Dijon, qui institue confusément la nouvelle paroisse ou succursale de Giron, mais sans délimitation [AD74, 1G344]. « La Cour, (...) ordonne au curé de Champfromier et à ses successeurs curés de nommer un prêtre suffisant et capable, pour faire résidence ordinaire audit Giron et y administrer les Saints sacrements selon qu’il est accoutumé, en percevant par lui les prémices appartenant audit curé de Champfromier et a condamné et condamne les habitants de Giron, suivant leurs offres, de loger ledit prêtre convenablement, entretenir l’église en bon et dû état, la fournir d’ornements nécessaires et la doter suffisamment pour la nourriture et entretien dudit prêtre, tous dépens entre les parties compensées. » [AD74, 1G347].
1625 ( 30 octobre ). Transaction consécutive à l'arrêt : les paroissiens de Giron ne pourront se prévaloir de l’érection de leur chapelle en cure et le curé de Champfromier nomme le même Louis Evrard, pour desservant de Giron [AD74, 1G347].
1651 (24 juin). Contrat de donation (Me Poncet) en faveur des recteurs de la chapelle [AD74, 1G115, f° 243].
1666 (22 juillet). Nouvelle donation, d'une parcelle au Nizely (une seytorée), par Clauda fille de feu Claude Flory-Marion, clerc dudit lieu [AD74, 1G115, f° 243].
1669 (6 novembre). Les habitants de Giron-Derrière, paroissiens d'Echallon, n'ayant ni église ni chapelle et se plaignant de l'éloignement d'Echallon, surtout en hiver, demandent le 5 juillet 1668 (et obtiendront) de l'évêque "l’union et association d’eux et des leurs en l’église dudit Giron", avec le consentement du curé de Champfromier. Et les habitants qu’ils promettent de bailler et délivrer au prêtre que le curé de Champfromier nommera pour desservir l’église de Giron, une mesure de froment et deux livres en argent, annuellement, pour chaque feu faisant audit village ! [AD74, 1G347]. L'établissement de la cure de Giron est homologuée les 6 et 10 novembre 1669, avec installation de Me Gaspard Brun (natif de Lalleyriat) [AD74, 1G61, f° 137v-141 - Copie intégrale de la réunification des deux Giron, et un extrait des actes notariés préliminaires dans Hist. de Champfromier, p. 80-83].
1669 (homologation de la cure) [AD 74, 1G60, ff° 137v, 141 (non consulté)].
1683 ( 11 septembre ) La visite paroissiale enregistre 5 modestes fondations annuelles (de 5 à 20 sols, souvent par testament), la présence d'une confrérie (de Marie ?), les paroissiens sont sollicicités pour de nombreux achats en linges et petit mobilier, le curé exhorté à tenir une petite école et un différent avec le curé de Champfromier est signalé, pour obtenir un clerc [AD74, 1G119, f° 531].
1692 (16 août). Date du premier acte des registres paroissiaux conservés de Giron, et mention d'un cimetière, actes signés Orset, "curé de Giron".
1692-1695. Giron, vicariat perpétuel et érection de chapelle [AD74, 1G67 (Inv. p. 4, 6 et 12), non consulté].
1699. Giron, inst. d’un vicaire perpétuel [AD74, 1G69, f° 284v (non consulté)].
1702. L’église de Giron est qualifiée de paroissiale lors de la visite pastorale par Monseigneur de Bernex, ce qui irritera les curés de Champfromier ! [AD74, 1G347 (1705 semble une date erronée)].
1724-1728. Résignation de cure et vicariat ; Vicariat perpétuel [AD74, 1G72, Inv. pp. 17 et 18 (non consulté)].
1738. Giron, démission de la vicairie [AD74, 1G74, f° 329v (non consulté)].
1742. Giron, Inst. d’un vicaire perpétuel (Mermet) [AD74, 1G75, f° 92 (non consulté)]
1745 (18 mai). Requête par Giron à l'Evêque De Chaumont, pour informer sur la nécessité d'un curé ou vicaire perpétuel à Giron [AD74, 1G347].
1750 (1er juillet). Giron, homologation de fondation [AD74, 1G88, f° 233v (non consulté)].
1750. Giron, institution d’un vicaire [AD74, 1G76, f° 230 (non consulté)].
1752. La communauté de Giron (représentée par les syndic de Devant de Giron et de Dernier de Giron), ainsi que les principaux habitants, nomment leurs procureurs pour "se transporter en la ville de Genève pour y acheter une cloche de la pesante d’environ cinq quintaux" [3E17456b, f° 112].
1765. Affaires entre le curé de Champfromier et celui de Montanges [AD74, 1G344].
1767 (31 juillet). Arrêt du Parlement qui "a maintenu et gardé ledit Genolin curé de Champfromier au droit, titre et qualité de seul curé vicaire perpétuel dudit Champfromier et de Giron". Cet arrêt fait suite à une requête des curés Humbert puis Genolin, qui souffraient de ne plus pouvoir s'informer à Giron, dire la messe le jour du saint patron et contre le Sieur Ballet qui reçoit des provisions comme un curé, et souhaite les prémices des nouvelles granges de la prairie de Mure et de Rossetant (enclavée à Mures), soit 400 livres de revenus, souhaite encore un tiers de dîmes et la marguille [AD74, 1G347 (un mémoire suivra, daté du 4 novembre 1767, qui relate abondamment l'historique des paroisse et "vicairie" de Champfromier et de Giron)].
1790. Mort de Pierre Ballet, "prêtre desservant la paroisse de Giron", le 24 décembre 1790, âgé d'environ 62 ans.
Le cahier des doléances de Champfromier, devaient contenir aussi celles de Giron-Devant, sauf que cette fois les choses se compliquèrent et que les gironnais firent leur propre cahier et protestèrent : " Les habitants de Champfromier n’ont point voulu recevoir ni faire écrire par l’officier qui a reçu leur procès-verbal, les griefs ci-dessus, ce qui nous a déterminé de nous assembler devant notre place publique pour rédiger par nous le présent cahier, qui sera présenté à Mr le lieutenant particulier pour ordonner qu’il sera joint au cahier des griefs de Champfromier".
L'ancien régime passé, tout fut rapidement mis en ordre, pensez-vous ? Que non ! Il fallut encore attendre près d'un demi-siècle après la Révolution pour que la délimitation des bois communaux indivis s'étendant sur Champfomier et Giron soit enfin réalisée (en 1837). Et ce fut l'occasion de faire un mur, "le mur de Giron" !
Compléments : Voir aussi Giron, et la liste des prêtres de Giron (bas de page).
Première parution le 28 octobre 2015. Dernière mise à jour de cette page, le 7 novembre 2018.