Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

"Concession de Chézery" d'asphalte de Forens nord (1860-1989)

La concession, incorrectement dénommée officiellement "Concession de Chézery", puisque se situant sur la rive gauche du ruisseau des Etraits de la commune de Forens (Ain), et non de la commune de Chézery, résulte de la réduction à la rive droite de la concession initiale Genolin en 1838, celle-ci ayant finalement été octroyée par Louis-Philippe, le Roi des Français, le 12 août 1844, sous l'appellation de "Forens-Sud". Nous appellerons donc cette autre concession de "Concession de Chézery" ou de Forens nord. Ses plus importants propriétaires furent les Peillon, Paul Crochet (dont la Société Générale des Bitumes et Asphaltes Français et d'Entreprises de Travaux Publics), puis André Puiseux.

Oubliant les premiers temps, la "Concession de Chézery", d'une superficie de 102 ha, sera dite la propriété de la Société des mines de Bitume et d'Asphalte du Centre depuis le 5 mai 1866 [Le Génie Civil, 4 avril 1936].

Demande des frères Saunez, pour le nord-est du ruisseau de Forens dit des Etrets (1860)

Le 3 septembre 1860, les frères Alexandre et Paul-Henry Saunez, négociants demeurant à Paris, 186 rue de Rivoli, font une première proposition. Ces frères, associés pour la fabrication et les applications de produits asphaltiques, entrepreneurs des travaux des bâtiments de la Couronne, et autres, exposent d'abord que la partie sud du ruisseau de Forens, qui a fait l'objet d'une concession à Genolin et Cie en 1844, est restée intacte faute d'exploitation par lesdits concessionnaires. Par ailleurs, la partie nord du ruisseau est restée à la disposition de l'état. Le développement que prend l'industrie asphaltique auquel les soussignés ont la plus grande part, non seulement en France mais aussi à l'Etranger, leur a fait sentir la nécessité d'explorer le pays. Appelés à Forens, ils ont spécialement porté leur attention sur la partie qui reste concessible, au nord du ruisseau. En différents points où se présentent des affleurements, des tranchées et des sondages ont démontré la puissance et la bonne qualité de cette création minérale. En conséquence ils demandent la concession au nord-est du ruisseau.

Asphalte Forens nord

Le plan joint montre que la superficie de cette concession est très modeste, de 12 ha 28 a, étant de forme presque rectangulaire et délimitée par le ruisseau entre le moulin du point C et le passage du ruisseau dans le rocher en A, par un segment (horizontal) AB de 670 m arrivant à la maison dite Sur le Rocher en B, au sud-est par une ligne CD parallèle à la précédente, le point D étant distant de 590 m, et par la jonction (verticale) BD. Les sollicitants souhaitent mettre immédiatement l'exploitation en pleine activité, afin que s'ensuive un élément de prospérité pour le pays.

Cette demande, après celle qui va venir de la Compagnie Générale des Asphaltes le 28 juin 1861, sera reprise le 8 septembre 1861 !

 

Demande de concession élargie, par la Compagnie Générale des Asphaltes (28 juin 1861)

Le 28 juin 1861, la Compagnie Générale des Asphaltes (siège à Paris, 23 rue Olivier St-Georges), qui possédait déjà "Forens-Sud", demande, elle-aussi au préfet, par la plume d'Ernest Chabrier, son (nouveau) directeur gérant, une nouvelle concession avec un plan joint signé de ce directeur. Ce plan est titré sans surprise "Plan de la concession supplémentaire de Forens-Sud". Il est constitué de triangles ayant tous un sommet au pont de l'ancienne abbaye de Chézery, et est délimité par la Valserine en aval, le ruisseau de Forens, la maison Gros-Gojat et la grange du "Pissout". La superficie totale en est de 1.030.737 m² (soit 103 ha 7 a 37 ca). Cette demande figure en annexe de la copie de 1861 (voir Forens-Sud).

Asphalte Forens 1861

Plan sans date (28 juin 1861), signé Chabrier

Le 11 juillet, de Chalon-sur-Saône, l'ingénieur ordinaire des mines donne son avis. Il est sceptique, argumentant que par le passé une seule fouille sérieuse a été exécutée, à une portée de fusil du moulin de Forens, en remontant le ruisseau, à l'emplacement d'une carrière dont le front de taille a 3 à 4 mètres de hauteur, sur 6 ou 7 de large. Elle est ouverte entièrement dans le calcaire asphaltique, d'une couleur chocolat (...), et paraît analogue à celle de Pyrimont. Plus loin dans son rapport, l'ingénieur fera remarquer que des charrettes d'asphalte y sont illégalement prélevées chaque année par la concession de Forens-Sud... A 200 mètres, à la même hauteur sur le flanc de la montagne, existe un autre affleurement. Deux autres fouilles, exécutées en 1844, n'ont pu être retrouvées.

En résumé il existe bien un gisement mais son importance est mal établie. Il faudrait d'autres recherches préalables à l'accord d'une autorisation de concession. Le plan est trop imprécis. La ligne partant de B devrait se diriger vers l'une des maisons Brulé, Gros-Gojat ou des Fayards. Les affiches ne pourront être dressées qu'après des lignes mieux définies.

Saunez à nouveau (8 septembre 1861) !

La concurrence est rude. Le 8 septembre 1861 les frères Saunez relancent le préfet, ou plus exactement le successeur du précédent. Pour se conformer aux instructions de M. l'ingénieur ordinaire des mines, ils produisent un nouveau plan (daté par erreur de la même date que le plan précédent), toutefois dit "Plan du nouveau périmètre".

Asphalte Forens nord
Second plan des frères Saunez (en réalité du 8 septembre 1861)

La lettre précise que la nouvelle superficie est de 102ha 82a 50ca. La délimitation est définie comme suit :

"Côté Nord-Ouest, par une ligne droite menée de la maison dite Pra-Brun, marquée au plan par la lettre A, mais à partir de l'intersection de cette ligne sur le ruisseau de Forens, au point B, jusqu'à l'habitation appelée le Tilleret-haut, indiquée au plan par la lettre C.

"Du nord-est, par une autre ligne droite partant de ce dernier point pour aboutir sur l'ancien pont dit de Noire-Combe, coté D au plan.

"Du sud-est, à partir de ce dernier point en suivant la rivière de la Valserine jusqu'au point E à la rencontre du pont de Chézery, pour de là prendre la route allant à Forens, et aboutir au pont de ce dernier lieu, au point marqué E.

"Et enfin du sud-ouest, partant de ce pont en suivant le ruisseau de Forens, jusqu'au point d'intersection cotté B de la première ligne susdite."

 

Concession aux Peillon (Forens nord, 1864-1866)

Curieusement, les frères Saunez disparaissent des archives, de même que la Compagnie Générale des Asphaltes, alors que les Peillon et Compagnie apparaissent, et, eux, seront vite satisfaits, alors même qu'ils avaient produit une demande non datée... A noter l'énigme qu'entre les deux dernières sollicitations de concession, les termes sont similaires, -- presque identiques mot pour mot --, de même que des délimitations et les surfaces sont identiques... Les plans sont aussi forts ressemblants, le dernier portant exactement la même superficie de 102ha 82a 50ca qu'avec la seconde demande des Saunez. Etaient-ils un prête nom ? Le nouveau plan est toutefois complété avec les reliefs bleutés des 1ère et 2e couche d'asphalte, et une mention "galerie en direction".

Par une pétition sans date, mais enregistrée à la préfecture de l'Ain le 6 octobre 1864, MM. Peillon Antoine [Antoine-Hubert Peillon, né le 31 janvier 1807 à Givors-69, décédé le 4 août 1868 à Bron, âgé de 61 ans], propriétaire et entrepreneur de travaux en bitume domicilié à Bron (Rhône), et Peillon Hubert [Antoine-Hubert-Benoît Peillon, le fils, né le 23 janvier 1839 à Lyon, époux de Berthe Robert], ingénieur civil, professeur d'exploitation des mines et de métallurgie à l'école centrale lyonnaise domicilié 8 Cours Lafayette à Lyon, Bravit Benoît, entrepreneur de travaux publics domicilié 18 Cours Morand à Lyon, Verdun Eugène, propriétaire de l'hôtel de Genève domicilié à Annecy (Haute-Savoie), et Renaux Jean-Pierre, ex-directeur des mines d'asphalte de Chavaroche, domicilié à Annecy, sollicitent une concession de mines sur le territoire de Forens. Elle est d'une étendue dite de 102 hectares, et est délimitée par (...) et le ruisseau de Forens au sud-ouest. Ils s'engagent à payer les indemnités annuelles. Un plan est joint. Le présent avis sera affiché à Forens, Nantua, Bourg, Annecy et dans le journal. Fait à Chalon-sur-Saône le 10 octobre 1864 par l'ingénieur en chef. Le préfet acquiesce le 14 octobre.

Asphalte Forens Nord

Affiche peillon asphalte Affiche peillon asphalte

Moins de deux ans plus tard, Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français, donne son approbation à la concession et signe, depuis le Palais des Tuileries, le 5 mai 1866. Afin que nul ne l'ignore, des affiches jaunes promulguent son décret, reprennant la totalité du texte de la concession. Le 21 mai 1886, la Direction générale des Contribution directes fait savoir que cette concession prendra le nom de "Chezery". Le Salut Public, Journal de Lyon, dans son édition du lundi 9 juillet 1866, donne aussi à ses lecteurs un court article sur la concession accordée par décret, insistant sur le montant de la rente accordées aux propriétaires de la surface (15 centimes par hectare) et de la redevance à l'extraction (1/30e à ciel ouvert et 1/60e en extraction souterraine).

Peillon

 

Décret au Bulletin des lois en faveur des Peillon du 5 mai 1866

La concession des mines de Forens [sous-sol de 102 ha], délivrée sous le nom de Concession de Chézery, est accordée par décret impérial à Antoine et Hubert Peillon, Benoît Bravit, Eugène Verdun et Jean-Pierre Renaux. Elle passe ensuite à Hubert Peillon aux termes d'un jugement du tribunal civil de Nantua, en date du 28 août 1868 [Bureau des hypothèques de Nantua, le 19 décembre 1881, Vol 331, n° 56].

Peillon Forens
Concession de Chézery, à Forens. Bulletin des lois de la France 1er juillet 1866, p. 274

Si l'exploitation semble bien commencer dès cette année 1866, pour le moins, des difficultés administratives sont rencontrées. Par une lettre datée de Lyon le 30 novembre 1867, à en-tête de la "Mine d'Asphalte de Seyssel-Forens, Peillon père et fils & Bravit", Hubert Peillon répond à l'ingénieur en chef des mines à Chalon-sur-Saône, pour l'informer qu'il suit bien ses conseils et qu'il transmet à la préfecture les pièces relatives à "l'affaire Chaboud", à traiter à l'amiable ainsi que le suggère le maire de Forens. Quant au plan et au projet d'exploitation, "ils sont des plus simples, nous suivrons le banc d'asphalte à ciel ouvert jusqu'à ce que le déblai nous force à exploiter souterrainement, chose qui n'arrivera guère que d'ici deux à trois ans". Il signale aussi que préfecture de l'Ain nous a poursuivi pour l'affichage du décret ; voici un an que nous demandons que la formalité s'accomplisse.

Pour info, par une lettre datée de Lyon, le 29 avril 1866 (donc avant le décret du 5 mai...), nous apprenons que les "Peillon père et fils et Bravit, Bassin asphaltique et bitumeux de Seyssel, Mine de Forens", entrepreneurs des travaux en bitume du chemin de fer de Paris à Lyon, venaient d'avoir un procès intenté par la Compagnie Générale, pour faire rayer le mot Seyssel, laquelle avait été condamnée la veille par le tribunal de Lyon [Coll. Michel Blanc]). Pour l'anecdote disons que cette correspondance concernait un contre-ordre sur un wagon de marchandise qui n'avait pas été reçu en temps voulu. L'intérêt est ailleurs, dans l'en-tête, où l'on découvre, à côté du nom de l'entreprise alors exploitante, "Peillon père et fils Bravit", et un complexe plan (tendancieux) des exploitations couvrant une zone allant de Seyssel jusqu'aux environs de Bellegarde (Ain). Les Peillon & Bravit y répètent leur nom, avec la mention "Seyssel-Forens", en haut à droite, bien positionné sur la concession rive droite du ruisseau, faisant face au rival de Forens-Sud sur l'autre rive...

Peillon asphalte

Toutefois, le registre du Conseil général note pour 1967 : "La mine de Forens, nouvellement concédée, n'a pas encore pris l'importance qu'elle est susceptible d'acquérir" [Conseil Général de l'Ain, 1867, p. 55].

Adjudication au seul Hubert Peillon (1868)

M. Hubert Peillon devient seul propriétaire en vertu de l'adjudication qui en est prononcée à son profit, moyennant un prix payé comptant aux termes d'un jugement du tribunal civil de Nantua, en date du 28 août 1868, rendu sur licitation entre M. Antoine Peillon [son père décédé le 4 août 1868], Hubert Peillon susnommé, Benoist Bravit, Eugène Verdun et Jean-Pierre Renaux [Hypothèques de Nantua, Vol 331, n° 56].

Redevance contestée par Forens... (1869)

En 1869, Hubert Peillon, désormais seul propriétaire, conteste la somme de 133,45 francs réclamée par le percepteur de Châtillon, montant de la redevance due à la commune de Forens. Le 20 septembre 1869, l'ingénieur des mines rappelle les clauses du décret d'attribution de 1866. Pour 102 hectares la rente aux propriétaires de la surface est donc d'un total de 15,30 francs, la commune en bénéficiant au prorata de sa surface, à déterminer. Pour la redevance à l'extraction, "en 1866 l'exploitation s'est constamment faite à ciel ouvert" et le montant à délivrer en est donc le 1/30e du tonnage expédié à la gare de Bellegarde, c'est à dire prêt à être vendu ou manipulé, à acquitter en argent (et non en nature comme le voudrait le concessionnaire). La redevance due à l'état est une référence : les travaux de 1866 portent l'extraction à 2766,73 q.m. (quintaux métriques) de minerai, d'une valeur de 1,10 franc le quintal métrique sur le carreau de la mine, soit 3043,40 francs, et pour le trentième 101,45 francs, pour la commune en 1866.

Peillon

Le 23 décembre 1869 Hubert Peillon qui signe, une lettre à en-tête devenue "H. Peillon, Propriétaire de la Mine d'Asphalte de Seyssel-Forens (Ain)", s'en rapporte à l'appréciation du préfet pour aplanir toute difficulté.

Forens continue des réclamer ses redevances (1868-1873)

Mais le 3 novembre 1871, après que le maire se soit plaint que le sieur Peillon n'ait pas payé la redevance aux propriétaires depuis 1866, ni la redevance sur la quotité des minerais extraits pendant les 3 années 1868, 1869 et 1870, l'ingénieur ordinaire, dans une formulation identique à celle de 1869, informe cette fois que pour les travaux de 1868 la quantité extraite a été de 1.000 quintaux métriques, qu'au prix de 0,90 franc le quintal sa valeur est de 900 francs, soit 30 francs pour le trentième pour la commune. L'extraction de 1869 a été nulle. Les travaux de 1870 ont donné une extraction de 1.078,82 q.m., en galerie souterraine, évalué à 0,70 franc le q.m. sur le carreau, soit une redevance (de 1/60e) montant à 12.59 francs pour la commune.

Le maire se plaint à nouveau en janvier 1873. Il lui est répondu que l'extraction s'étant constamment faite jusqu'à ce jour sur des terrains communaux, la commune a seule le droit de toucher la redevance. Le comité d'état pour l'évaluation des produits de 1872 n'a pas encore été réuni et ne pourra le faire qu'au deuxième semestre de 1873. En 1871 les travaux ont donné une extraction totale de 1.826,78 q.m. évalué à 0,70 franc le q.m. "Malgré les tentatives faites par les exploitants pour entrer en galerie souterraine, on ne peut sérieusement considérer leurs travaux que comme exécutés à ciel ouvert". La redevance pour Forens est donc de 42,63 francs.

Achat de la concession par Paul Crochet (1871), qui achète aussi le moulin voisin (1875)

En 1871, la concession change de propriétaire, étant acquise par Paul Crochet, fils d'Amédée, celui-là même qui s'était fait connaître par son exploitation de plâtres à partir des carrières de Champfromier/Montanges. La "Concession de Chézery" [Concession de Forens nord de 102 ha] est acquise au moyen du contrat passé devant Me Mazuyer, notaire à Saint-Cyr au Mont d'Or (Rhône), le 19 août 1871, de M. Hubert [Antoine Hubert Benoît] Peillon, ingénieur civil, et Mme Berthe Robert, son épouse, demeurant ensemble à Lyon, 16 rue Saint Joseph, moyennant le prix principal de 5.000 francs [Hypothèques de Nantua, Vol 331, n° 56].

Par ailleurs Paul Crochet achète aussi en 1875 la maison voisine, ancien moulin (future usine d'asphalte). L'acquisition est faite suivant contrat passé devant Me Blanc, notaire à Chézery, le 20 janvier 1875, de M. Romain Verchère, préposé des douanes demeurant aux Rousses (Jura), célibataire majeur, moyennant le prix principal de 9.000 francs, payé suivant acte reçu par Me Clerc, notaire à Chézery, le 31 octobre 1881. La maison d'habitation comprend un moulin à deux tournants, bâtiments, scierie, battoir, pressoir à l'huile, jardin, cours d'eau, avec tous les emplacements et passages en dépendant, le tout d'un seul tenant, borné par le terrain communal de Forens, le ruisseau dit des Etraits, et par la route n° 14 de Forens à Trébillet [Hypothèques de Nantua, Vol 331, n° 56].

Pour les années 1870/1873, le Conseil général mentionne avec satisfaction que les travaux de la "mine de Chézery", qui appartient à un français, sont moins importants [que ceux de la Compagnie Générale de Pyrimont] ; néanmoins ils ont été, en 1872, de 9.000 quintaux métriques, d'une valeur de 17.775 francs, alors que l'exploitation en 1871 n'avait été que de 1.826 quintaux métriques. En ce lieu, le minerai n'étant pas assez riche en bitume pour être pulvérisé et employé ensuite à la fabrication des chaussées en asphalte comprimé, le propriétaire de la mine est obligé, pour le transformer en mastic, d'y faire une addition de matières bitumineuses. Cependant la concession est exploitée avec fruit et activité par M. Paul Crochet [Conseil Général de l'Ain, 1873, p. 330-331 (voir aussi la mine de Forens)].

Notons que d'autres unités du système métrique donnent des chiffres différents, la tonne métrique semblant valoir environ le dixième du quintal métrique... : "Les travaux de la mine de Chézery sont toujours peu importants : production en 1872 de 960 tonnes métriques, et 679 tonnes en 1873". Il est ensuite redit que ce minerai n'est pas assez riche en bitume et que le concessionnaire doit le transformer en mastic par l'addition de matières bitumineuses" [Conseil Général de l'Ain, 1874, p. 143-144]. Pour 1874, il n'y aura qu'un commentaire, la mention de la concession, active : "Le rapport des ingénieurs des mines signale peu de changements. Ces exploitations sont, pour le minerai asphaltique, à Pyrimont et à Chézery [...]. [Conseil Général de l'Ain, 1875, p. 16].

Parallèlement, Paul Crochet est attentif au projet de Chemin de fer de Bellegarde à La Cluse, et naturellement il verrait bien l'instauration d'une gare à Trébillet (Montanges), là où son père a installé son usine à plâtre, cet endroit étant d'un accès relativement facile par la route depuis Forens. Mais la tentative échoue. Il avait pourtant mis à contribution la presse pour s'exprimer, mais un peu maladroitement. Ainsi dans l'édition du 14 avril 1872 de l'Abeille, il remerciait le directeur pour ses deux lettres publiées, concernant l'avant-projet de chemin de fer de Lacluse à Bellegarde par Nanta, avec souhait d'une gare à Trébillet. Dans le même temps, il exprimait son regret d'avoir contrarié M. Havemann, et ne vouloir répondre aux insultes de M. Juvèneton... [Abeille du 14 avril 1872]. Mais pour cette même année 1872 les registres du conseil général notent : "les offres de la commune de Forens et de M. Paul Crozet [Crochet], qui étaient subordonnées à l'établissement d'une gare à Trébillet, devront être considérées comme non avenues, M. Lomer ayant déclaré par sa lettre du 26 novembre qu'il ne peut accepter cette condition (...)" [Conseil Général de l'Ain, 1873, session extraordinaire de janvier, p. 8 (vue 57/177)].

Paul Crochet poursuit aussi ses contacts avec la presse qui, indirectement, lui offre une publicité gratuite (1874) : "L'asphalte de Forens rivalise décidément avec les bitumes similaires les plus en renom. La maison Paul Crochet, de Genève, dans son usine de Trébillet-Montanges, ne cesse de préparer l'asphalte de Forens pour les nombreuses expéditions qu'elle fait spécialement en Suisse et en Allemagne" [l'Abeille du Bugey du 14 juin 1874 (page 1, vue 5/18)].

 

Société des Asphaltes de Seyssel Forens, par Paul Crochet et autres (1875)

Le 20 août 1875 (avec effet au 1er août). Paul Crochet crée une société sous la dénomination (commerciale) de Société des Asphaltes de Seyssel Forens, et sous la raison sociale (officielle) Paul Crochet, E. Malo et Cie, pour la durée de 10 ans. M. Crochet sera plus spécialement chargé de la vente des produits et de la recherche de travaux d'application, M. Malo dirigera seul l'exploitation des mines ainsi que la fabrication des produits, et M. Köhler tiendra la caisse et s'occupera spécialement de la comptabilité et de la correspondance [Hypothèques de Nantua, Vol 331, n° 56]. Cette société sera dissoute en 1881, après le décès de M.Malo, et la séparaton avec M. Köhler.

Cette société se retrouve en en-tête d'une lettre du 22 avril 1879, adressée à la préfecture par M. Köhler, concernant l'inventaire de 1878.

Corchet asphalte 1879

Une activité en souffrance (1875/1878)

De 1875 à 1878, les registres de la préfecture notent l'activité de la concession de Chézery, parfois avec espoir, mais le plus souvent mais sans enthousiasme : "Les mines d'asphaltes de Pyrimont et Chézery ont seules donné des produits en 1875 [...] celle de Chézery dont le minerai est moins riche que celui de la précédente (Pyrimont), l'exploitation y prend néanmoins une certaine importance, qui sera encore développée si le chemin de fer de La Cluse à Bellegarde est exécuté." [Conseil Général de l'Ain, 1876, p. 11]. "L'industrie minière est toujours en souffrance. Parmi nos cinq mines d'asphalte, trois sont à l'état d'exploitation : Pyrimont, Chézery et Lélex." [Conseil Général de l'Ain, 1877, p. 113]. "Extraction de minerai asphaltique à Pyrimont, Chézery, Lélex et Orbagnoux" [Conseil Général de l'Ain, 1878, p. 118]. "Extraction de minerai asphaltique à Pyrimont, Chézery et Orbagnoux. Les gisements de Pyrimont sont presque entièrement épuisés" [Conseil Général de l'Ain, 1898, p. 134].

A signaler durant cette période, un projet par Paul Crochet (en date du 4 juillet 1877), de réunion de la mine de Chézery avec celle de la Fumade (Gard), mais qui ne semble pas avoir dépassé le stade d'une affiche par la préfecture (11 mai 1878) [AD01, 8S 42].

 

Chézery produit bien (1879)

On relève deux mentions dans les registres du Conseil Général de l'Ain, pour 1879 : "Cinq concessions de calcaire asphaltique ou bitumineux ont été instituées dans le département de l'Ain, savoir : Pyrimont, Chézery, Orbagnoux, Forens-Sud, Lélex : Deux seulement ont été exploitées en 1879, celles de Pyrimont et de Chézery" [Conseil Général de l'Ain, 1880, p. III et IV (vues 303/764)]. La seconde est plus flatteuse : "Les mines d'asphalte de Chézery voient augmenter en ce moment d'une façon sérieuse leur extraction" [...] Quant aux asphaltes de Chézery, le progrès de leur exploitation tient à deux causes : leur propriétaire [Paul Crochet] a été déclaré entrepreneur général des travaux d'asphalte de la ville de Paris, et il a découvert, en 1878, une nouvelle couche de minerai qui présente une allure avantageuse" [Conseil Général de l'Ain, 1879].

Il est en effet exact que de 1878 à 1883, durant six années, Paul Crochet est l'entrepreneur général des travaux d'asphalte de la ville de Paris [L'Abeille du 15/06/1884, etc.]. C'est son heure de gloire. Elle ne durera pas. Son rival, la Compagnie Générale des Asphaltes de France, s'en ouvrira dans ses encarts publicitaires aux visiteurs lors de l'exposition internationale de 1879 à Paris, disant qu'elle s'est faite évincée de Paris, par les hasards d'une adjudication, et que la qualité du bitume de son concurrent était médiocre, mais que depuis 1884 elle est à nouveau adjudicataire de Paris...

Revente à la Société Générale des Bitumes et Asphaltes Français et d'Entreprises de Travaux Publics (1881), puis à nouveau à Paul Crochet (1884)

Après la dissolution de la société précédente, une autre société reprend les activités de M. Crochet. Le 28 novembre 1881, les époux Paul Crochet et Adèle Ailloud, et la veuve Louise Cadier, mère de Paul, vendent tous leurs biens professionnels à la "Société Générale des Bitumes et Asphaltes Français et d'Entreprises de Travaux Publics", société anonyme au capital de 5 millions de francs [Hypothèques de Nantua, Vol 331, n° 56]. Mais cette société aura une existence éphémère, remise plusieurs fois en vente par adjudication dès 1881, et finalement rachetée par Paul Crochet lui-même le 29 mai 1884 moyennant 60.000 francs. Par ailleurs une société "Paul Crochet" existe entre lui-même et le jeune André Puiseux, qui reprendra ses activités après son tragique décès en 1886 (et épousera sa veuve).

Le Conseil général de l'Ain en prend acte en 1882 : "Deux concessions de calcaire asphaltique sont seules en activité (dans l'Ain), ce sont celle de Pyrimont et de Chézery (...). Cette concession (de Chézery) appartient maintenant à la Société générale des Bitumes et Asphaltes français, qui a son siège social à Paris. Quelques travaux ont été faits, en 1881, à l'effet de reconnaître l'allure des gisements et d'assurer l'avenir de l'exploitation" [Conseil Général de l'Ain, 1882]. La même année, il note aussi : "Les concessions d'asphalte de Pyrimont et de Chézery, sont seules en activité. Les gisements reconnus à Pyrimont sont presque épuisés et ne sauraient plus avoir qu'une durée assez limitée. Ceux de Chézery auraient un certain développement, mais le minerai est peu riche et doit subir des frais de transport assez considérables pour être conduit à l'usine de dénaturation." [Conseil Général de l'Ain, 1883, p. 170, et 186 (vue 880/1106)].

Le Conseil général prend aussi acte des activités très perturbées à partir de 1883 : "Les travaux de la mine de Chézery ont été suspendus en mai 1883 et on ne peut prévoir quand ils seront repris [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1884, p. 217-218, 316-317]. Et l'année suivante : "Concernant les 5 concessions en calcaire asphaltique du département, celle de Chézery a vu (que) des travaux (de production) ont été exécutés durant l'exercice 1884-85, tandis que celle de Forens-Sud est restée inactive (...) Lors de notre précédent rapport au Conseil général, la concession de Chézery était en chômage, par suite de la déconfiture de la Société générale des bitumes et asphaltes Français et d'entreprise de travaux publics. M. Paul Crochet qui avait été déjà une première fois propriétaire antérieurement à cette Société, ayant le 29 mai 1884, racheté cette concession, elle fut remise en activité à partir du 1er juillet 1884. On y a poursuivi, depuis lors, avec un petit personnel, les travaux qui étaient en préparation avant la dernière mise en chômage dans le quartier Nord-Est. L'usine de Trébillet de Montanges traite les produits de cette mine. Par une pétition du 5 octobre 1884, M. Paul Crochet avait demandé l'autorisation de réunir les deux concessions de Chézery et des Douattes, cette dernière située dans la Haute-Savoie. Puis au moment où cette demande allait être soumise aux formalités de l'enquête réglementaire, M. Paul Crochet fit savoir à l'Administration qu'ayant acheté une troisième concession (sise en Haute-Savoie), il demandait que l'autorisation de les réunir toutes trois entre ses mains lui fût accordée, à la suite d'une seule et même instruction ; il a donc été sursis aux formalités projetées ; depuis lors, M. le Préfet de la Haute-Savoie n'a pas, à notre connaissance, prescrit l'enquête nouvelle. Nous avons lieu de supposer que ce statu quo est dû à ce que le concessionnaire n'a pas produit jusqu'à présent les pièces nécessaires à l'appui de sa nouvelle pétition" [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1885, p. 181 (vue 410/820) et pp. 185-186 (voir le comparatif avec Forens-Sud)].

Paul Crochet, malade en 1885, meurt en 1886

Soudainement, à la mi-juin 1885, Paul Crochet est dit malade, en réalité aliéné, non interdit, placé à l'asile St Jean de Dieu à Lyon, pourvu d'un administrateur provisoire, et il meurt le 25 août 1886, âgé d'environ 47 ans. Son état maladif, mais pas sa maladie, est connu depuis le 11 juin 1885, par une lettre à en-tête de Paul Crochet renvoyée par André Puiseux, son associé, qui répond au courrier professionnel depuis Trébillet : "M. Crochet étant en ce moment malade" [AD 01, 8S 33].

Il s'ensuit de nouvelles perturbations à la mine. Les registres du Conseil général notent que pour l'exercice 1885/86 la concession de Chézery est active (...) "La mine de Chézery a été exploitée jusqu'au 1er octobre 1885, puis arrêtée à cause du transport en hiver et du stock restant sur la mine de Lélex qui a permis d'alimenter l'usine de Trébillet. L'exploitation a été reprise au printemps. En 1885 il a été extrait 917 tonnes". [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1886, p. 107, 109 (vues 36, 38/1881) p. 111 (vue 365/1881)]. Avec quelques variantes sur les dates, on lit plus loin que "La mine de Chézery a été mise en chômage du 27 octobre 1885 au 21 janvier 1886 (...)" [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1887, p. 91 (vue 335/838)]

André Puiseux prend la suite (1887-1888)

Par suite du décès de Paul Crochet, Mme Ailloud, veuve de Louis Crochet, accorde le 5 juin1887 à Paul Puiseux un bail professionnel pour 9 ans, moyennant 1600 francs/an, pour une maison d'habitation et l'usine à asphalte de à Trébillet, ainsi que la Concession de Chézery, situé sur la commune de Forens [AD 01, 3E38351 (Budin, acte n° 91)].

La préfecture peut donc noter la poursuite de l'activité à la mine pour 1887 et 1888 : "L'exploitation de la mine de Chézery a été poursuivie en 1887 dans les conditions ordinaires, sauf pendant la période des froids ; on a continué la galerie précédemment entreprise et extrait en tout 1.450 tonnes de calcaire asphaltique, soit un peu plus que l'année précédente. La mine, qui appartient aux héritiers de M. Crochet, a été amodiée pour 9 années à M. André Puiseux" [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1888, p. 72 (vue 308/1185)]. "L'exploitation de la mine de Chézery a été poursuivie en 1888 dans les conditions ordinaires. Le chiffre de l'extraction est resté à peu près le même, 1.450 tonnes, l'éloignement du chemin de fer continue à entraver considérablement de la production" [Conseil Général de l'Ain, Session d'août 1888, pp. 100, 195].

Une correspondance professionnelle pour 1888

Il est d'un grand intérêt d'avoir retrouvé la correspondance professionnelle entre Paul Crochet, et M. Monnet son contremaître. Les soucis du jours, le matériel à rénover, adapter et entretenir, l'hiver y sont parmi les thèmes traités :

Correspondances relatives à la mine d'asphalte à Forens en 1888 [Coll. privée (Michel Blanc)].

Lors de l'exposition universelle de 1889 à Paris

Lors de l'exposition universelle de 1889 à Paris, celle du centenaire de la Révolution, la Société Civile des Mines de Bitume et d'Asphalte du Centre, produit une notice nous apprenant que cette jeune société qui fut fondée en août 1884, possède Salyndres (Salindres) dans le Gard. On sait que Salindre fut une possession de Paul Crochet, acquise en 1877, et on observe donc que cette nouvelle société fut constituée implicitement pour racheter Salindre en 1884. Par ailleurs cette société sera liée en 1892 avec Paul Puiseux, successeur de Paul Crochet, année où il en sera coadministrateur.

Cette exposition est aussi l'occasion pour la Compagnie Générale des Asphaltes de France, de produire une notice très critique à l'égard de Paul Crochet (Voir Forens-Sud [Coll. privée (Michel Blanc)]).

Poursuite de l'activité et entretien des routes (1889-1891)

Le Conseil Général de l'Ain se préoccupe aussi de l'entretien des routes, et des subventions privées qui sont offertes à cet effet... En 1889, il note : "le Chemin n° 14, de Forens à Trébillet (13,962 km), a une viabilité qui est bonne, malgré la circulation active dont il est l'objet, du fait de l'exploitation des mines d'asphalte de Forens et du transport des bois de la vallée de Chézery et de Lélex [...]. La mine de Forens-Sud a été inexploitée en 1889, et seules ont été exploitées celles de Seyssel et de Chézery. L'extraction de la mine de Chézery s'est élevée à 1.100 francs [tonnes !]. Elle occupe 7 à 8 ouvriers. A la mine de Chézery, on exploite souterrainement un banc de 2,50 m de calcaire asphaltique. Les travaux ont porté en 1889 sur les galeries 4 et 3. La galerie 4, par suite d'une fausse direction, n'a pas donné de résultats, tandis que la galerie 3 est actuellement en plein calcaire bitumineux" [Conseil Général de l'Ain, 1890, p. 112-113 (vues 507-508/1219) , et p. 134 (vues 529/1219)]. Concernant les dégradations extraordinaires de chemin à grande communication, le préfet accepte les offres des industriels, dont de "Puiseux, industriel à Montange, et de la Société veuve Janin et fils, le Villebois, en faveur des chemins dee grande communication n° 2 et 11 et du chemin d'intérêt commun n° 10" [Conseil Général de l'Ain, 1891 (session de janvier), p. 8 (vues 246/448)].

"L'extraction de la mine de Chézery (en 1890) s'est élevée à 1.500 tonnes. Elle occupe 6 ouvriers. A Chézery, les difficultés de transport viennent encore compliquer la situation : l'extraction se maintient parce que les produits sont pour la totalité utilisés par l'exploitant, qui est en même temps entrepreneur de pavage et d'asphaltage (...). Les 2 concessions de calcaire asphaltique de Seyssel et de Chézery ont été exploitée en 1891. Le travail à Chézery a consisté, comme par le passé, en galeries d'allongement suivant à peu près les courbes de niveau de la montagne, et reliées par des tronçons de galerie suivant l'inclinaison" [Conseil Général de l'Ain, 1891 (session d'août), pp. 224-225 (vues 482-483/1114)].

"1891. Le chemin n° 14, qui est exposé aux éboulis de la montagne et qui supporte une circulation assez active du fait des transports de l'asphalte des carrières de Forens, se maintient en bon état de viabilité sur tout son parcours." Forens-Sud a été inexploitée, contrairement à Chézery. "L'extraction de la mine de Chézery s'est élevée à 1.400 tonnes. L'exploitation n'occupe guère que 5 ou 6 ouvriers. Le calcaire est tout entier transformé en mastic à l'usine de Trébillet. La difficulté des transports réduit considérablement la valeur du minerai de Chézery. L'emploi du pavage en bois dans un certain nombre de ville a créé une concurrence sérieuse à l'industrie de l'asphalte ; néanmoins, les débouchés actuels seraient encore largement suffisants si, dans un grand nombre de cas, les mastics artificiels fabriqués avec les matières les plus diverses ne venaient, en raison de leur bas prix, supplanter l'asphalte naturel" [Conseil Général de l'Ain, 1891 (session de janvier), p. CXXXV (vues428/1103), et CCXV (vue 508)].

A signaler, fin 1891, un incendie qui embrase l'usine Puiseux. La presse relate : "Mercredi 14 courant (octobre 1894), à 7 heures du soir, le feu s'est déclaré à l'usine de M. Puiseux, àTrébillet. Prévenus de suite, les pompiers de Saint-Germain de Joux était, à 7 heures et demie, sur le théâtre de l'incendie et avait bientôt raison des flammes. A l'arrivée des pompiers de Châtillon-de-Michaille, il a suffi de quelques minutes aux deux compagnies pour inonder le bâtiment en feu, véritable brasier alimenté par le goudron. - Pas d'incident grave à relater, sinon que le préposé des douanes Favre, de la brigade de Saint-Germain, a été blessé pendant l'action. - Etaient présent sur le sinistre M. Picquet, conseiller général, M. Fonbelle percepteur à Saint-Germain de Joux, M. Berrod (François), ancien adjoint au maire de Montanges, les gendarmes Demont et Thévenin ainsi que leur brigadier. - La compagnie des pompiers de Saint-Germain de Joux ne s'est retirée que lorsque tout danger a eu disparu. - Les pertes, évaluées à 20.000 francs, sont garanties par une assurance" [L'Abeille, 18 octobre 1891, col. 4].

 

Gestion par la Société Civile des Mines de Bitume et d'Asphalte du Centre (1892-1897)

Le 28 mai 1892 Paul Puiseux donne en sous-location ses biens du bail de 1887 à la Société Civile des Mines de Bitume et d'Asphalte du Centre, société dont naturellement il est membre. La société aura droit à la marque de fabrique « Seyssel-Forens », ou « Seyssel-Forens Nord » [AD 01, 3E38356, Me Budin, acte n° 107].

Une nouvelle fois, la préfecture prend acte . "La concession de Chézery a été louée avec promesse de vente à la Société des asphaltes du Centre. Des travaux de recherches plus actifs ont été commencés : le nombre des ouvriers a été accru de 7 à 12. L'extraction en 1892 s'est élevée à 1.200 tonnes, qui ont été transformées en mastic à l'Usine de Trébillet. L'imprégnation de la roche est fréquemment irrégulière et laisse des taches de calcaire blanc" [Conseil Général de l'Ain, 1893 (session d'août), p. CLXXXVIII (vue 499/1159)].

Pour 1893, elle note : "La concession de Chézery est toujours exploitée au nom de M. Puiseux, propriétaire de l'usine de Trébillet, commune de Montanges. Le personnel a été porté à 12 ouvriers pour l'exécution de divers travaux de recherche, qui n'ont pas encore abouti à de nouvelles découvertes. L'extraction faite en 1893 s'est abaissée à 730 tonnes qui ont été transformées en mastic à Trébillet" [Conseil Général de l'Ain, 1894 (session d'août), p. CIX-CX (vue 403-404/1212)]. Pour 1894, elle mentionne : "Le développement des emplois de l'asphalte et la concurrence des mastics artificiels paraissent entraîner un abaissement notable des prix de vente. -- La concession de Chézery, qui est liée industriellement à celle de Pont-du-Château, en Auvergne (Puy-de-Dôme) [Société Civile des Mines de Bitume et d'Asphalte du Centre], a été surtout le siège de travaux de recherche, qui, malgré leur développement relatif, n'ont abouti qu'à de médiocres résultats. Ils pourront être continués en profondeur, mais il paraît probable que le gisement ne possède dans cette concession qu'une étendue très limitée. L'imprégnation est moins régulière, et beaucoup moins riche en bitume que sur les bords du Rhône." [Conseil Général de l'Ain, 1895 (session d'août), p. 87]. En 1894, comme plusieurs industriels, la Société Civile des Mines de Bitume et d'Asphalte du Centre, fait aussi un don de 50 francs (la fourchette va de 10 à 520 francs) au département pour l'entretien du Chemin de Grande communication n° 14 [Conseil Général de l'Ain, 1895 (session d'août), p. 27].

Pour les années 1894-1897, voir le tableau comparatif à Forens-Sud, années qui précédèrent la fin des exploitations.

La fin de l'exploitation (1897)

Le Conseil général note que "La concession de Chézery, qui dépend de la Société des Asphaltes du Centre, n'a pas été exploitée en 1897. Elle avait produit seulement 395 tonnes en 1896. Le minerai est pauvre et le gisement est limité et peu régulier" [Conseil Général de l'Ain, session d'août 1898].

Il semble que cette année 1897, sans exploitation, ne verra plus jamais de reprise d'activité, même si un tableau de 1908 du Conseil général, repris en 1910, donne l'année 1903 pour mise au "chômage" de la concession de Chézery [Conseil Général de l'Ain, session d'août 1908, p. 40].

Mine de Forens

 

Notons, mais c'était certainement seulement pour éviter en particulier que la mine ne soit administrativement fermée pour cause d'inexploitation, que le 8 mars 1901, la Société Civile des Mines de Bitume et d'Asphalte du Centre (par la voix de Charles Delamare, son président), demandait la réunion de ses 11 concessions, dont les concessions de Chézery, des Fumades (Gard), de Pont du Château (Puy-de-Dôme), etc. On ne sait pas si la réunion fut accordée. Toutefois, exactement un an plus tard, le 8 mars 1902, sur papier à en-tête où étaient encore mentionnés la mine de "Seyssel Forens-nord" et l'usine de Trébillet l'administrateur de la société justifiait auprès du préfet de l'apport fait à cette société par M. Puiseux de la Concession de Chézery (justificatif qui manque) [AD01, 8S 42 (deux affiches, dont l'une rectifiant les données de l'autre)].

Asphalte Entête 1902

 

Réunion accordée ou pas, il ne semble pas que la concession de Chézery n'ait jamais été mise à l'arrêt par une redoutée mesure administrative. Ainsi, en décembre 1913, une lettre à nouvel en-tête de la "Société Anonyme des Mines de Bitume et d'Asphalte du Centre", portait encore la mention de la mine de "Seyssel-Forens nord" et le logo de sa marque de fabrique pour les pains d'asphaltes.

Asphaltes Marque asphalte

En 1936, un tableau récapitulatif des concessions des mines (bitume) mentionne encore Chézery, pour une superficie de 102 ha, propriété depuis le 5 mai 1866 de la Société des mines de Bitume et d'Asphalte du Centre [Le Génie Civil, 4 avril 1936]. Mais la réalité est toute autre. La carte IGN de 1937 note "ancienne mine" !

 

Mise en sécurité (1993), avec plan ancien (1932)

En janvier 1994, un rapport (R 37924 SGR/RHA 94, en ligne) est rendu dans le cadre du programme 1993 de Service Public du BRGM, la DRIRE Rhône-Alpes ayant prévu que quelques concessions minières seraient visitées pour faire le point et évaluer la faisabilité de leur mise en sécurité. Celle de Forens-Nord ("Chézery") concernée par ce rapport, ainsi que sa voisine, en font partie. La référence administrative ne remonte qu'au décret du 5 mai 1866 en faveur des Peillon et consorts. Les gisements consistent en deux couches de calcaire urgonien, l'inférieur ayant 3 mètres d'épaisseur, à imprégnation de bitume assez irrégulière (de 3 à 6%). L'exploitation est dite "intermittente jusqu'en 1930, semble-t-il", avec "la couche inférieure (exploitée) à ciel ouvert puis essentiellement par piliers abandonnés et par galeries en direction vers le nord-est (170 m de long au maximum)". La couche supérieure est surtout exploitée à ciel ouvert. L'extraction totale jusqu'en 1900 est d'environ 30.000 tonnes de calcaire bitumeux. Le décret du 5 février 1979 enregistre la mutation de ma concession, passant de la Société des Mines de Bitume et d'Asphalte du Centre à la société S.M.A.C.-ACIEROID, laquelle, par courrier au Service des Mines du 9 mai 1989, déclare vouloir abandonner les travaux et vouloir renoncer à la concession.

La dernière visite de l'ancien site minier, en surface, sans pénétration dans les travaux souterrains, ce qui aurait impliqué des investigations plus lourdes, s'effectue le 22 novembre 1993. Le site étant recouvert d'une végétation très dense, il n'est pas exclu que certains travaux aient échappé à l'observation.

Plan galeries asphalte  Forens nord plan asphalte extrait
Plan général (fig. 1) du dossier BRGM (1932), d'après l'original en NB, et détail (fig. 2) ; dépoussiérage et colorisations : G. Lancel

Les galeries A et B ont été obstruées par abattage à l'explosif en 1984 (rapport de la DRIRE du 6 juin 1984). Aucun orifice n'est visible dans les vieux travaux. L'exploitation à ciel ouvert du niveau n° 1 a également été remblayée (70 x 25 m). Le remblai d'exploitation s'est effondré au niveau C, avec une cavité assez profonde (un caillou jeté y roule pendant 15 secondes). L'exploitation à ciel ouvert est enclose, mais seulement vers l'aval, par 3 rangs de barbelés et des pancartes, "Danger, travaux miniers, défense d'entrer", bien lisibles espacées de 5 à 20 mètres. En amont se trouve une saignée peu profonde partiellement comblée, de 4 mètres de large (...) Un autre effondrement circulaire peu profond (2 à 3 m) à 50 mètres se trouve au NE du point C.

Le travers-banc ou puits C présente un danger réel. Le remblai d'exploitation et le grand effondrement circulaire n'ont qu'un risque moyen à fort. Le coût total, non-compris le travers-banc C, où un complément de reconnaissance s'impose, est de l'ordre de 80.000 francs.

Conclusion

De 1866 à 1896, la "Concession de Chézery", en réalité du nord du ruisseau des Etraits de la commune de Forens, eu une production modeste mais toutefois bien supérieure à celle de sa rivale de "Forens-Sud", située en face, au sud du même ruisseau. Sauf dans les premières années, cette exploitation bénéficia d'une usine de transformation à Trébillet (Montanges) et d'une route permettant, sauf en hiver, de voiturer le minerai asphaltique jusqu'à cette usine. Toutefois, ce minerai n'étant pas assez riche en bitume pour être pulvérisé et employé ensuite à la fabrication des chaussées en asphalte comprimé, Paul Crochet, le propriétaire de la mine était obligé, pour le transformer en mastic, d'y faire une addition de matières bitumineuses. Si peut-être Paris conserve encore des traces de chaussées asphaltées avec des produits de Paul Crochet, entrepreneur général des travaux d'asphalte de Paris durant 6 années de 1878 à 1883, la qualité de son "pseudo-asphalte" fut vivement critiquée par la concurrence lors de l'exposition universelle de 1889. La production de Chézery cessa en 1896, mais l'activité d'André Puiseux se poursuivit. La dernière société disposant de la concession de Chézery, la SMAC, y renonça en 1989.

 

Sources : AD 01, 8S 33 -- Gallica (en ligne), Registres du Conseil général de l'Ain, BRGM.

Remerciements : Michel Blanc (documents privés). Publication : Ghislain Lancel.

Première publication le 11décembre 2024. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 
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